Instagram: la foire aux vanités

Si vous n’avez pas encore vu ce passionnant documentaire d’Olivier Lemaire (ARTE, 2022), vous pouvez encore vous rattraper sur YouTube.

Edit du 23.03.23: le documentaire n'est désormais plus disponible en ligne. Les enseignant-es genevois-es peuvent néanmoins y accéder et le partager avec leurs élèves via laPlattform.

En un peu moins d’une heure et demi, Lemaire retrace l’histoire d’Instagram, depuis sa création en 2010 jusqu’à aujourd’hui, en passant par son rachat, pour la bagatelle de 1 milliard de dollars, par Facebook en 2012. Puis il s’intéresse aux effets, bien souvent délétères, de ce réseau social qui pousse à la mise en scène permanente de soi – de son corps, de son assiette, de son mode de vie ou de ses vacances – et enferme en particulier les jeunes gens dans des représentations ultra-formatées et irréalistes du monde qui les entoure. Avec le coût que l’on sait sur leur santé physique et mentale.

Un peu de lecture?

Si ce dernier aspect vous intéresse, le Wall Street Journal a publié en septembre 2021 une enquête exhaustive qui montre que non seulement Facebook savait depuis quelque temps qu'Instagram avait un effet néfaste sur la santé mentale des adolescentes, mais que cela n'a nullement empêché l'entreprise de poursuivre le développement d'Instagram Kids, un réseau social destiné spécialement aux moins de 13 ans. Celui-ci a, entre-temps, été mis sur pause.

Vous pouvez également lire, en libre accès et en français, cet article du Monde qui en propose une synthèse édifiante.

Photo: capture d'écran recadrée du documentaire.

Êtes-vous cybercondriaque ?

Mon correcteur orthographique n’accepte pas le mot “cybercondrie”. Ce néologisme a pourtant droit à sa page Wikipedia qui donne la définition: “La cybercondrie est un terme décrivant l’habitude de certains individus souffrant d’hypocondrie d’utiliser l’Internet pour rechercher de manière parfois compulsive de l’information sur la santé, les soins de santé, la médication ou les traitements, que ce soit pour eux-mêmes ou pour d’autres individus. ”

La cybercondrie était le thème du dernier épisode du podcast Choses à savoir – Santé dont d’autres épisodes vous apprendront : pourquoi ne pas prendre de douche froide quand il fait chaud, pourquoi regarder une éclipse à l’œil nu est dangereux, etc.

C’est un sympathique podcast d’épisodes de 2 minutes qui vous donneront l’occasion de briller en société… ou dans des articles de blog?

Lien vers le podcast: https://podcasts-francais.fr/podcast/choses-a-savoir-sante

Un peu de lecture?

Pour qui s’intéresse à ce que le numérique fait à la didactique de la littérature, la bibliothèque de référence est encore assez maigre. Je vous propose un compte-rendu de deux ouvrages relativement récents. Ils n’ont peut-être pas leur place au bord de la piscine. Mais enfin la période estivale reste parmi celles où les lectures plus académiques sont envisageables.

Le premier, intitulé L’enseignement de la littérature à l’ère du numérique, est dû à Magali Brunel, spécialiste de la didactique de la littérature qui mène depuis une dizaine d’années des recherches sur le renouvellement provoqué par le numérique. Ce volume de près de 350 pages est articulé en trois grandes parties. Dans les deux premières, Magali Brunel définit le cadre théorique et institutionnel de sa recherche, puis dresse un état des lieux des usages effectifs du numérique par les enseignant·e·s de littérature. Elle propose également des réponses à quelques questions fondamentales sur l’évolution des pratiques lectorales. La lecture sur écran est-elle encore de la lecture?

Deux expérimentations

La troisième partie rend compte de deux expériences. L’une est centrée sur la pratique de l’écriture de la greffe, l’autre sur la fanfiction comme support pour le développement d’une posture d’auteur en parallèle à la lecture.

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Raconter des parcours de migration sur une carte du monde

A Plan-les-Ouates, des apprenties et apprentis de la filière Assistant.e de bureau AFP racontent leurs parcours de migration dans une exposition mêlant habilement numérique et analogique. Des posters permettent de visualiser les milliers de kilomètres parcourus. A chaque étape, quelques images et, surtout, du son: les témoignages que ces jeunes ont enregistrés et qui dessinent, sur la route, une partie de leur histoire. On y accède sur son smartphone, grâce à des QR codes.

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Animer des dessins de personnages

Je vous propose aujourd’hui de découvrir un outil tout à fait charmant basé sur de l’intelligence artificielle! Il est capable de donner du mouvement à des dessins de personnages. Après une analyse de l’image (de l’œuvre d’art!), le moteur reconnaît les bras, les jambes, la tête:
 
Le programme utilise ces informations pour animer le personnage.
Le site propose ensuite sauvegarder les animations sous forme d’un petit film.
Vous pouvez tester le service gratuitement sur le site Animated Drawings.  Enseignant.e en primaire? Enseignant.e en arts plastiques? Curieuses et curieux? N’hésitez pas à essayer, c’est très chouette!

La machine qui écrit

La machine qui écrit, un vieux rêve rendu possible par l’intelligence artificielle ?

Le dispositif capable de générer du texte de manière autonome est d’abord une idée littéraire, que l’on trouve déjà chez Raymond Roussel (1877-1933), puis chez les surréalistes, avant d’être mise en pratique par Alan Turing (1912-1954) ou les auteurs de l’Oulipo. Ceux-ci sont parmi les premiers, dès les années 1960, à croiser mathématiques, électronique et création littéraire.

L’émergence de l’intelligence artificielle et du machine learning ouvre de nouvelles possibilités : des algorithmes écrivent de la poésie  ou des articles de presse depuis un certain temps déjà.

Cedille, un outil mis en ligne en novembre dernier, propose différents modèles comparativement très performants, et se fait fort d’échapper aux biais racistes et sexistes auxquels l’IA se laisse souvent aller. Ça vous intrigue ? Nous oui.

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L’éthique de google (ne) fait (pas assez) l’actualité:

Timnit Gebru et Margarett Mitchell chercheuses sur l’éthique des IAs pour google ont été renvoyées respectivement en décembre 2020 et février 2021. Les raisons des licenciements ne sont pas tout à fait certaines mais ils font suite à un article sur l’éthique des IA de google sur le langage et qui met en garde sur les dangers qui peuvent être liés à une utilisation de ces IAs, pas encore au point.

Malheureusement, cette information n’a pas eu beaucoup de retentissement médiatique. Je vous propose de corriger le tir en écoutant Timnit Gebru dans cette conférence TED.

Elle y présente des utilisations controversées des IAs, par exemple sur la reconnaissance de visages, et pose deux questions:
– est-il souhaitable d’avoir une base de données des visages? (en 2018, au moment de cette vidéo, il semblerait que le visage d’1 américain sur 2 soit dans une base de visages).
– les IAs sont-elles assez robustes pour faire de la surveillance? Les biais, vous le verrez (je ne veux pas tout divulgâcher!) sont multiples et aux conséquences problématiques.

Les IAs propagent et amplifient des bais sociaux indésirables. D’après Timnit Gebru, les solutions sont techniques mais devront aussi passer par des audits et des régulations. Elle fait l’analogie avec l’industrie des automobiles et les réglementations qui ont été mises en place très tardivement pour inclure les femmes dans les crash-tests.

L’idée n’est pas de diaboliser les IAs mais:
1) D’en avoir une utilisation raisonnable, à la mesure de ce qu’elles sont capables de faire.
2) De choisir une orientation de la recherche éthique et sécurisée (quitte à ne pas maximiser les profits 😉 )

 

Pour aller plus loin:

 

Crédits image: Paper Boat Creative / Getty Images

Enseignement hybride – les “observables” de nos élèves à distance

Une grande partie du travail d’un enseignant, quand il donne un cours en présence, c’est de passer dans les rangs. Nos déambulations n’ont pas pour seul objectif de nous dégourdir les jambes: on apprend une quantité de choses en étudiant les interactions entre élèves, ce qu’ils écrivent, la manière dont ils se tiennent, etc.

Ces “observables” constituent un feedback extrêmement précieux pour l’enseignant qui calibre en grande partie ses leçons en fonction de ce qu’il constate.

Que peut-on observer chez nos élèves en quarantaine, qui suivent le cours à distance pendant que nous sommes en présence avec le reste de la classe?

Voici quelques pistes:

  1. Interroger à l’oral. Vous pouvez tout à fait interpeller vos élèves distants, c’est aussi une bonne manière de les “intégrer” au cours. Apprenez-leur les raccourcis clavier pour allumer et éteindre leurs micros afin qu’ils soient réactifs lorsque vous les interrogez (pour meet: ctrl+D sur windows et linux, ⌘+D sur mac).
  2. Utiliser le chat. Vous pouvez demander aux élèves à distance de communiquer via le chat. On voudra surtout savoir où ils en sont et s’ils sont en difficulté.
  3. Proposer des quiz. Les scores vous renseigneront sur le niveau de compréhension des élèves. La mise en œuvre demande de la préparation (quand vérifierez-vous les résultats, qu’en ferez-vous?).
    Certains services (“leçons” sur moodle, “scenarios à branchement” sur H5P) permettent de concevoir des plans de travail automatisés.
    Si vous pouvez autoriser vos élèves en classe à utiliser des smartphones, kahoot vous offrira une version ludique des quiz (dans ce cas, partagez votre écran pour que les élèves à distance voient les questions et répondent en même temps que leurs camarades en classe).
  4. Récupérer les traces écrites. Dans certaines disciplines, c’est l’élément d’observation le plus important. On peut le faire via un “devoir ” préparé en avance sur classroom ou sur moodle et dans lequel les élèves déposent des photos de leurs travaux. Utiliser ces outils en direct – et sans y passer du temps (au détriment des élèves présents) – exige de très bien les maitriser. Mais il existe aussi des services plus simples et spécialement conçus pour partager des photos, dont: beekee live, solution de l’université de Genève, et Chingview, solution proposée par des enseignants français.
    Pour l’anecdote, dans le “feu de l’action”, j’ai plusieurs fois demandé à des élèves de m’envoyer une photo de leur travail… par mail… ça marche aussi, et tout le monde sait le faire 🙂

Dans de prochains articles, nous vous proposerons des tutoriels pour prendre en main certains de ces outils qui nous aident à relever le défi actuel: enseigner – en même temps – en présence et à distance!

N’hésitez pas à partager en commentaire vos propres stratégies dans le cadre de l’enseignement hybride.

 

Compléments:

Formations du SEM

Plateforme H5P du SEM

Beekee Live

Chingview

 

 

Crédit images: Photo by Taylor Wilcox on Unsplash

Le transfert

Les enseignants qui proposent des activités hors du cadre scolaire classique (jeux, visites, etc.), savent combien il est difficile de faire des “transferts”.

 

Par exemple, je propose régulièrement à mes élèves de travailler avec l’excellent jeu Euclidea. Je leur propose ensuite certaines des énigmes du jeu sur papier et j’observe qu’ils ont beaucoup de difficulté à réactiver les stratégies qu’ils avaient su mettre en place dans le jeu vidéo. Réciproquement, lorsque je leur propose des jeux de type escape game avec des exercices classiques, ils les résolvent plus lentement que ces mêmes exercices proposés sur une fiche d’exercice “classique”.

 

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