L’infirmité motrice cérébrale

Dernière mise à jour: 15 mars 2018

L’infirmité motrice cérébrale (IMC) est une atteinte du développement consécutive à une lésion cérébrale précoce non évolutive, survenue durant la période anté-, péri- ou post-natale, au cours des deux premières années de vie. Loin de se limiter aux aptitudes motrices, les lésions du cerveau survenant chez le jeune enfant sont susceptibles d’entraîner, à long terme, des troubles durables du développement de plusieurs fonctions cognitives, voire d’entraîner un retard développemental global. La localisation de la lésion, mais également sa taille, sa nature (hémorragique ou ischémique), ainsi que le moment de sa survenue vont, entre autres facteurs, déterminer l’évolution des troubles et de leurs répercussions sur les apprentissages scolaires. Ainsi, la sévérité des troubles cognitifs, perceptifs et moteurs varie considérablement d’un enfant à l’autre, ce qui justifie qu’une évaluation quantifiée par un examen neuropsychologique détaillé soit effectué préalablement à l’entrée à l’école, mais également au cours de la scolarité primaire, puis plus tard, au cours de la scolarité secondaire, afin que des aménagements pédagogiques individualisés puissent être mis en place.

La localisation de la lésion, mais également sa taille, sa nature, ainsi que le moment de sa survenue vont, entre autres facteurs, déterminer l’évolution des troubles et de leurs répercussions sur les apprentissages scolaires.

Ainsi, la sévérité des troubles cognitifs, perceptifs et moteurs varie considérablement d’un enfant à l’autre.

Si les troubles moteurs consécutifs à ces lésions cérébrales précoces sont visibles et connus des enseignants, les troubles cognitifs qui en résultent le sont moins. Ces troubles cognitifs, dont la sévérité ou la nature ne sont pas corrélés à la sévérité du handicap moteur, se répercutent sur les capacités d’apprentissage scolaire et donnent lieu à des tableaux de dyspraxie visuo-spatiale, de dysgraphie, de dyscalculie, de trouble déficitaire de l’attention, etc. Il est par conséquent important que les enseignants en soient mieux informés.

Les causes de lésions cérébrales précoces chez l’enfant sont variées : malformations cérébrales, lésions secondaires à des maladies métaboliques, infectieuses, virales, etc., complications d’un accouchement (prématurité, anoxie, etc.), accidentelle (traumatisme crânien). Leur prévalence est de 0,2% (2 naissances sur 1000).

Selon le type de troubles et la localisation, on distingue différents tableaux d’atteinte motrice :

- la quadriplégie (atteinte de la motricité des quatre membres), la diplégie (atteinte de la motricité des membres inférieurs) ou l’hémiplégie (atteinte de la motricité du membre supérieur et du membre inférieur situés d’un côté du corps) spastiques (= raideur musculaire et absence de coordination des groupes musculaires antagonistes) ;
- l’infirmité motrice cérébrale de type dystonique/dyskinétique (= mouvements lents, désordonnés et involontaires avec hypotonie des muscles du tronc) ;
- l’infirmité motrice cérébrale de type ataxique (= trouble de l’équilibre et de la coordination).

Les enfants IMC ne constituent pas une population homogène : certains peuvent ne souffrir que d’une légère boiterie, alors que d’autres seront très handicapés et dépendants d’une tierce personne pour tous les actes de la vie quotidienne.

Dans le cas de dysfonctionnements cognitifs associés à l’atteinte motrice, les enfants porteurs de lésions cérébrales précoces présentent très fréquemment, en raison des réseaux neuronaux atteints, des troubles neurovisuels et exécutifs, des difficultés de mémoire (notamment de mémoire à court terme et de travail, particulièrement vulnérable), des limitations attentionnelles et une fatigabilité. Ces troubles cognitifs, dont la sévérité ou la nature ne sont pas corrélés à la sévérité du handicap moteur, se répercutent sur les capacités d’apprentissage scolaire et donnent lieu à des tableaux de dyspraxie visuo-spatiale, de dysgraphie, de dyscalculie, de trouble déficitaire de l’attention, etc. Voici un résumé des principales difficultés auxquelles sont confrontés ces enfants :

Troubles visuo-praxiques : des troubles visuo-perceptifs et visuo-spatiaux, objectivés dans des tests dans lesquels l’enfant doit, p.ex., identifier des dessins enchevêtrés, apparier deux lignes de même orientation, déterminer si deux figures sont identiques ou en miroir dans une tâche de rotation mentale, reproduire une figure géométrique à l’aide de cubes ou graphiquement, déterminer le nombre de cubes nécessaires pour réaliser une figure, etc., sont fréquents. Ces troubles influencent de manière négative les apprentissages et rendent difficile l’utilisation du matériel didactique traditionnel. Ainsi, les enfants IMC présentant des troubles visuo-perceptifs sont particulièrement désavantagés dans les exercices de lecture de graphiques, de repérage d’informations dans des textes, plans, cartes ou tableaux à double entrée, de recherche de mots dans le dictionnaire, de géométrie, de copie graphique, etc. et présentent des difficultés qui s’apparentent à ceux d’un élève dyspraxique.

D’autre part, les enfants IMC présentant des difficultés de repérage et de mémorisation de procédures spatialisées ont des difficultés à dénombrer des collections d’objets, particulièrement lorsque celles-ci sont présentées dans une configuration aléatoire, à aligner les nombres dans les exercices de calcul écrit en colonnes, à situer la position des unités, dizaines, centaines, etc., à se représenter visuellement les quantités, ce qui peut les conduire à un développer une forme de dyscalculie spatiale. La manipulation d’outils scolaires est particulièrement laborieuse chez les enfants IMC, pour qui l’utilisation de la gomme, de la règle, du compas, d’un tube de colle qu’il faut ouvrir tout en le tenant d’une main, etc., est entravée non seulement par leurs difficultés motrices proprement dites, mais également par leurs difficultés visuo-perceptives (difficultés à orienter correctement la règle du fait des troubles visuo-perceptifs, difficultés à suivre une ligne lors du découpage et à orienter correctement les ciseaux/la feuille, etc.).

Dysgraphie : l’apprentissage de l’écriture se fait plus laborieusement et plus lentement, même si l’enfant ne présente qu’une diplégie des membres inférieurs ou une hémiplégie. En effet, sont fréquemment observées des difficultés d’automatisation du geste, l’enfant hésitant sur l’amplitude des lettres, différenciant mal les graphèmes visuellement proches, écrivant de manière irrégulière, lente et coûteuse pour lui, se fatigant anormalement vite et se trouvant constamment en double tâche, du fait de l’effort qu’exige de lui le fait d’écrire et de ceux exigés par les autres concommittantes.

Troubles exécutifs : il existe un risque élevé que les fonctions exécutives, qui sont l’ensemble des stratégies qu’un sujet doit mettre en œuvre pour planifier, organiser en fonction d’un objectif, initier, mener à bien, adapter – si besoin – puis achever une action ou une tâche, soient affaiblies après une atteinte cérébrale. L’enfant présentant des difficultés exécutives n’a pas la possibilité de gérer efficacement les situations non routinières en faisant appel à la mise en place d’un programme d’actions visant à résoudre un problème en plusieurs étapes. Il sera particulièrement gêné dans les épreuves intégratives, testant plusieurs notions, dans lesquelles s’enchaînent des exercices faisant appel à des connaissances variées et exigeant un effort de flexibilité mentale et de réadaptation, p.ex. lorsqu’il doit résoudre un problème arithmétique, composer un texte ou une dissertation, quand il doit préparer une présentation orale en plusieurs étapes ou tout simplement lorsqu’il doit penser à vérifier ses productions ou à prendre le matériel nécessaire à l’accomplissement d’un devoir ou d’un travail à domicile.

Troubles attentionnels : ceux-ci peuvent découler directement ou indirectement de la lésion cérébrale. Dans ce dernier cas, ils sont secondaires aux efforts importants que mettent en œuvre les enfants porteurs de lésions cérébrales pour compenser leurs difficultés visuo-perceptives, graphiques, praxiques, exécutives et sont particulièrement invalidants dans les tâches longues et complexes, les environnements bruyants, lors d’états de fatigue, de stress ou de démotivation, lors de douleurs, etc. Lorsque leur intensité augmente, les troubles attentionnels exercent un effet de loupe grossissante sur l’ensemble des secteurs cognitifs et d’apprentissage en souffrance et peuvent rendre compte d’une dégradation des performances.

Fatigabilité : à l’instar des troubles attentionnels, la fatigabilité peut être directement ou indirectement liée aux lésions cérébrales ; son impact doit être pris en compte et justifier l’aménagement de temps de pause ou de la réduction des exigences quantitatives.

Malgré leurs difficultés cognitives potentielles, de nombreux enfants porteurs de lésions cérébrales précoces font preuve d’une grande motivation et d’une envie de progresser. Ils sont souvent très à l’aise dans les situations d’échanges verbaux, faisant preuve d’un excellent niveau de communication verbale, d’analyse, de vocabulaire. Ces qualités font des enfants IMC des interlocuteurs agréables et touchants, fins, exceptionnellement matures et pertinents dans leurs analyses et commentaires. Le risque est que leur souffrance n’en soit que plus grande et révèle l’importance qu’une prise en charge concertée, pluridisciplinaire et adaptée soit mise en place en place le plus précocement plus possible, en fonction des besoins et demandes de l’enfant et sa famille.

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