Une brève histoire des ressources éducatives libres
Boyer Anne, « Une brève histoire des ressources éducatives libres », Administration & Éducation, 2015/2 (N° 146), p. 119-124. DOI : 10.3917/admed.146.0119.
L'article
Retrouvez dans cet article une brève histoire des REL, suivie d'une description de leurs atouts et des points de vigilance à maintenir.
Petite citation de Dominique Wolton (directeur de recherche au CNRS)
Pourquoi ne jamais faire le lien entre les promesses de la « révolution numérique » dans l’éducation etles enjeux économiques ? Pourquoi ce silence sur le pouvoir des Gafa ? Pourquoi aucune critique contre cette idéologie technique si proche des intérêts économiques ? La liberté et l’autonomie individuelle ont bon dos… Elles servent parfaitement de caution à ce qui est le démantèlement de l’acquis fragile de l’éducation sur plusieurs siècles. Pour les Gafa, gagner le marché de l’éducation, c’est l’eldorado.(p. 209)
Entreprendre l’examen de la puissance économique, financière, technique, politique, des Gafa. Impossible de prolonger cette schizophrénie : Internet et les réseaux, outils de liberté et d’émancipation, alors qu’il s’agit simultanément des industries les plus puissantes du monde gérant l’essentiel : l’information, la connaissance, la culture, le rapport à l’autre… (p. 211)
Wolton Dominique, « La technique ne fait pas un projet d’éducation », Hermès, La Revue, 2017/2 (n° 78), p. 207-211. DOI : 10.3917/herm.078.0207.
L'article
« Les communs : levier pour l’enseignement (du) numérique à l’école »
Merzeau Louise, Mulot Hélène, « Les communs : levier pour l’enseignement (du) numérique à l’école », Hermès, La Revue, 2017/2 (n° 78), p. 193-200. DOI : 10.3917/herm.078.0193.
Le texte ne fait que quelques pages et il vous est recommandé de le consulter afin de prendre directement connaissance des nombreuses propositions qui sont faites pour l'enseignement.
L'article
C’est le rôle de l’école que de réunir, protéger et enseigner les conditions de transmission des savoirs. Si elle veut rester fidèle à sa mission, l’institution scolaire doit se départir d’une conception instrumentale du numérique, formatant les élèves en utilisateurs dociles, pour le repenser comme un environnement à investir et transformer collectivement.
Dans cette perspective, l’enseignement des communs à l’école prend tout son sens. Combinant des enjeux pédagogiques, démocratiques, éthiques et philosophiques, cet enseignement développe un apprentissage critique des dispositifs, des modes de gouvernance et des logiques communautaires, là où ne prévaut encore souvent que l’analyse des discours médiatiques. Surtout, il fait des apprenants les véritables acteurs de leur avenir numérique, dans une école soucieuse de « faire société », qui prend en compte leurs usages, tout en les conduisant vers des pratiques concertées propres à réduire les inégalités.
Dans le passage de l’informatique au numérique, c’est l’introduction d’une dimension culturelle, sociale et éthique qui est en jeu, dans une perspective non plus techniciste mais historique et citoyenne. Nous plaidons pour que le fait numérique ne soit plus réduit à des questions d’équipement ou de compétence à manipuler des outils. (...)
Contrairement à l’industrie qui s’adresse à des utilisateurs individuels livrés à eux-mêmes face aux machines, la mission de l’école est de donner aux apprenants les moyens de devenir membres de communautés d’usagers, capables en tant que tels de choisir et de transformer l’offre technologique en la mettant en perspective. (...)
Quelques pistes proposées pour aborder le numérique en sciences humaines:
- Utiliser des moteurs de recherche (p. 195), éthique des sources et définition de la qualité de l'information (p. 195), comprendre que les savoirs sont avant tout des biens communs destinés à être partagés et enrichis par agrégation et publication, enseigner un "savoir-publier" (p. 196) et le "soin" que nécessite une ressource (p.197).
- Interroger les finalités de la traçabilité, le fonctionnement économique du trafic des traces, identifier les bénéficiaires (p.194)
- Expliquer la spécificité de Wikipedia et la logique collaborative (p. 194)
- Notions de données personnelles, de vie privée, d'espace public numérique
- Logique de propagation du buzz, des bulles informationnelles qui enferment (p. 194)
- Développer une sphère de données en commun, avec des conditions fixées par la communauté, construire des espaces protégés, comparer des licences, analyser les régimes de participation, du like à la contribution.
- Histoire des outils de recherche et des plateformes, description de leurs modèles économiques et politiques, cartographie des communautés : c’est par de tels enseignements qu’on donnera aux élèves les repères nécessaires pour évoluer dans ces environnements (p.195)
- On pourra par exemple travailler sur l’ajout de tags, de notes ou de liens, ou encore produire des contenus originaux, pédagogiques, narratifs ou créatifs, à partir de ressources libres. La création d’une carte multimédia du quartier de l’école à partir d’OpenStreetMap, mise en œuvre par Céline Souleille (2015), intègre ainsi de multiples savoir-faire, tout en donnant aux élèves l’occasion de devenir eux-mêmes les facilitateurs d’une appropriation collective du Web. (p. 196)
(...) Pour finir, nous voudrions également plaider pour une collaboration accrue entre l’enseignement et la recherche. Il est en effet essentiel de redonner à l’école un pouvoir d’inventer, de questionner, d’expérimenter, au lieu de lui demander d’apporter seulement des réponses aux questions que d’autres posent pour elle. Des collaboratoires associant professeurs disciplinaires, professeurs documentalistes, chercheurs, ingénieurs pourraient ainsi être mis en place afin d’accompagner le travail en établissement. (p. 198)
(...) Capacité d’engagement, capacité à se relier aux autres, capacité à participer : tels sont les objectifs que l’Éducation nationale doit servir, faute de quoi elle ne formera que des utilisateurs aliénés aux soubresauts des industries numériques. Car les communs ne sont pas uniquement passeurs de savoirs mais également d’un rapport au monde et à l’autre, sur des échelles de temps longues. Ils incluent des enjeux de transmission et de transition permettant d’assurer une continuité au lieu de chercher à combler un retard supposé.
Jusqu’ici, c’est verticalement que l’école a prétendu inculquer ce dépassement de soi dans des valeurs et une culture communes. Désormais, sans doute faut-il accorder plus de place aux pratiques communicationnelles et culturelles des jeunes, précisément parce qu’elles peuvent aussi bien entretenir des clivages et des inégalités que favoriser solidarités et civisme.
Mais c’est surtout dans la perspective d’un humanisme numérique (Doueihi, 2011) que nous appelons à placer ce nouvel enseignement. (...) (p. 198)
Film: Internet ou la révolution du partage
De Philippe Borrel, Arte France et Temps noir, 2019, 55'39''
Le film en ligne sur la Plattform (login edu) (version courte)
Au travers d'un fascinant voyage en Inde, aux États-Unis et en Europe, ce documentaire part à la rencontre des figures anonymes et des personnages publics qui militent pour mettre la technologie au service du bien commun plutôt qu’au seul bénéfice d’une minorité. En mettant l’accent sur la liberté, la coopération et le partage, de nombreux défis qui semblent encore impossibles à atteindre aujourd’hui – climatique, énergétique ou sociaux – pourraient être relevés demain par l’ensemble de l'humanité grâce aux modèles expérimentés par les activistes du « Libre ». (arte.tv)
« Que ce soit dans le domaine médical, boursier, industriel, éducatif, ou même agricole, il n’existe presque plus de secteurs d’activité ayant échappé à l’emprise du code informatique. Nous en dépendons dans tout secteur de l’activité humaine dans lequel le savoir est clef. Et nous perdons au passage toujours plus de notre autonomie puisque la plupart des logiciels auxquels nous recourons sans le savoir sont dit « propriétaires » : leur code source protégé par des brevets qui appartiennent à de grandes firmes qui en tirent une rente dont le montant est de plus en plus démesuré. Or le logiciel libre – lui – peut être utilisé, copié, partagé et même amélioré librement par tous. Les résistants du « Libre » y voient donc un enjeu philosophique et politique, autant qu’un choix de société, alors que les pratiques contributives et émancipatrices du « Libre » commencent à essaimer bien au delà de l’informatique pour l’intérêt général et le Commun. »
Extrait tiré du
site du film
Le titre de la version longue est "La bataille du libre"
Le libre comme alternative pour l’école contemporaine ? Interview de Richard Stallman
Stallman Richard M, Liquète Vincent, Lehmans Anne, « Le libre comme alternative pour l’école contemporaine ? », Hermès, La Revue, 2017/2 (n° 78), p. 104-107. DOI : 10.3917/herm.078.0104.
L'article
Richard Stallman est un des créateurs – si ce n’est le créateur – du mouvement du logiciel libre. Il crée en 1983 le projet GNU et popularise le terme « copyleft » (qu’il traduit par « gauche d’auteur ») en opposition à l’utilisation usuelle du droit d’auteur à des fins de privatisation. Il démissionne du Massachusetts Institute of Technology (MIT) où il travaillait depuis plusieurs années en 1984, tout en restant visiteur, car il refuse toute éventualité que l’université devienne propriétaire de son travail. Il consacre sa vie au militantisme, qu’il considère comme un humanisme, en faveur du logiciel libre à travers la Free Software Foundation. Le système d’exploitation GNU qu’il a créé, combiné avec Linux, est entièrement libre. Francophile et francophone, il a accepté cet entretien avec la revue Hermès.
Richard Stallman : J’ai un point de vue critique sur le numérique à l’école, mais pas pour les raisons habituelles. Les politiques actuelles de l’industrie numérique sont profondément injustes et les systèmes scolaires ne leur ont pas résisté. Au contraire, elles créent une dépendance des élèves par rapport aux industries qui développent des programmes privateurs, comme Microsoft, Apple, Adobe, et la sèment au sein de la société. Un programme non libre soumet nécessairement l’utilisateur au pouvoir du propriétaire du programme et le rend dépendant. C’est la première injustice. Elle mène à une seconde injustice, la présence de fonctionnalités malveillantes. Beaucoup de programmes espionnent l’utilisateur, le restreignent dans ses usages, lui imposent une censure des applications possibles, ou des portes dérobées.(...) On trouve un catalogue des fonctionnalités malveillantes sur le site GNU.org. (...)
Mais surtout il faut ne donner aux élèves à utiliser que du logiciel libre, jamais de programmes privateurs. Parce que l’école a une mission sociale – depuis la maternelle jusqu’à l’université et dans la formation continue – de former des citoyens d’une société forte, capable, indépendante, solidaire et libre. Dans le numérique, cela veut dire que pour former des citoyens, il faut enseigner uniquement les programmes libres. Il faut expliquer que l’enseignement de programmes privateurs introduit des formes de dépendance, ce qui contredit la mission sociale de l’école. Il y a aussi une dimension morale dans l’éducation : éduquer des citoyens disposés à aider les autres. Chaque classe doit avoir pour règle de partager les copies des programmes en code source, créés et utilisés, parce que la classe est un lieu de partage des connaissances. On ne peut pas autoriser les programmes privateurs, sauf pour en faire la rétro-ingénierie. (...)
Mais une éducation uniforme n’est pas nécessaire, il faut laisser les élèves choisir leurs champs d’étude. Pour ceux qui ne sont pas intéressés par la programmation, il faut faire comprendre les fonctionnalités malveillantes et apprendre à coopérer avec les développeurs, en participant à la réflexion collective, en proposant des changements.(...)
Bernard Stiegler : "Numérique, éducation et cosmopolitisme"
, Cités, 2015/3 (N° 63), p. 13-36. L'article (DOI)
Mieux vaut simplement le lire en entier tant il comporte une matière intéressante, tant du point de vue de l'analyse de Bernard Stiegler que de la description de sa pratique en tant qu'enseignant.
Sélection d'extraits - I Sélection d'extraits - II
Organismes cités:
Pharmakon.fr
Etudes digitales - Edition Garnier
IRI - Ressources vidéos
« L’information veut être libre » : logiciels libres et communs
Cardon Dominique, « « L’information veut être libre » : logiciels libres et communs », dans : , Culture numérique. sous la direction de Cardon Dominique. Paris, Presses de Sciences Po, « Hors collection », 2019, p. 111-122.
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Riche, originale et un peu floue, la notion de bien commun est une des principales valeurs du web. Pour le dire avec plus d’emphase, le commun est le projet politique – l’utopie – des mondes numériques. Par commun, on entend l’idée que certains biens numériques, notamment ceux qui ont été produits, rassemblés ou édités par les communautés du web, doivent être accessibles, partageables et transformables par tous et par quiconque, et que c’est la communauté qui définit elle-même les règles de gestion des biens communs qu’elle fabrique.
Le commun n’est ni un bien privé, c’est-à-dire la propriété exclusive d’un ou plusieurs détenteurs, ni un bien public gouverné par la puissance publique au nom de l’intérêt général. Le web compte beaucoup de caractéristiques d’un bien public, comme celui d’être accessible et partagé par tous, mais il a ceci de spécifique que la communauté qui veille sur lui a, non pas des droits, mais une autorité particulière dans sa gouvernance.
Si la notion n’est pas nouvelle – la mer ou les forêts sont des communs –, le web a contribué à la remettre au premier plan. Après le web des liens hypertexte qui, en soi, est un commun, les premiers communs des mondes numériques sont le logiciel libre et l’open source, souvent appelés ensemble FOSS (free and open source software) et qui serviront de matrice aux autres communs numériques.
Revenons quelque temps en arrière. Durant les années 1970, les premiers informaticiens échangent librement leurs logiciels…