Tricot André, Rafenomanjato Jean, « Le numérique et le métier d’élève », Hermès, La Revue, 2017/2 (n° 78), p. 142-150. DOI : 10.3917/herm.078.0142.
L'article
Prendre des notes avec un logiciel de traitement de texte
Les études comparatives sur la prise de notes avec ordinateur portable versus avec stylo et papier montrent que le contexte de la tâche change avec l’ordinateur portable connecté à Internet, les élèves et les étudiants pouvant être distraits. Les opinions des élèves et de leurs professeurs divergent à propos des conséquences de cette distraction : les élèves pensent qu’elle n’affecte pas leur activité de prise de notes ou leur compréhension du cours, tandis que les professeurs y voient des effets négatifs. Les résultats empiriques donnent raison aux professeurs. Cependant, même quand l’effet de la distraction est éliminé, l’ordinateur portable continue d’avoir un effet négatif sur les réponses à des questions de compréhension du cours (Mueller et Oppenheimer, 2014) car la réalisation de la tâche avec un logiciel de traitement de texte est plus exigeante qu’avec le stylo et le crayon. On serait ici dans le cas où l’augmentation de l’exigence de la tâche aurait un effet négatif sur l’apprentissage par le biais d’une augmentation de la charge cognitive de la tâche intermédiaire. Il est enfin connu que les étudiants qui prennent des notes structurées, organisées autour des points les plus importants du cours, ont ensuite les meilleures performances aux évaluations, sans que l’on sache toujours très bien si la qualité des notes est une cause ou une conséquence de leur compréhension. Or il semble qu’avec l’ordinateur, la prise de notes soit plus proche du verbatim que de la synthèse structurée. Ces études sur la prise de notes sur PC montrent donc que l’activité est modifiée, et en l’occurrence dégradée. (p. 145)
Le Mind Mapping
A reprendre
Tricot André, Rafenomanjato Jean, « Le numérique et le métier d’élève », Hermès, La Revue, 2017/2 (n° 78), p. 142-150. DOI : 10.3917/herm.078.0142.
P. 146
La concentration...
Durpaire Jean-Louis, « Autonomie pédagogique et culture numérique », Administration & Éducation, 2015/3 (N° 147), p. 135-140. DOI : 10.3917/admed.147.0135.
L'article
Il est désormais reconnu que le rapport aux savoirs et aux apprentissages change. Pour Bernard Stiegler, « l’éducation doit changer parce que le savoir a changé ». Pour Cédric Villani, « l’enjeu de l’éducation se déplace avec cette même révolution numérique. La technologie digitale a un double visage comme toutes les technologies : elle a démultiplié nos possibilités et nos sources d’information, mais elle nous a aussi entraînés dans un monde d’incompréhension où les élèves semblent incapables de se concentrer plus de quelques minutes, inondés de messages et d’incitations au papillonnage. Un rôle majeur des enseignants sera de leur apprendre à se concentrer, à écouter, à trier les sources avec un œil critique, à acquérir des savoir-faire bien plus que des savoirs… ».(...) pp. 135-136.
La « consommation » des médias par les collégiens et les lycées est une donnée à examiner. Collégiens et lycéens disposent de smartphones, de tablettes, d’ordinateurs personnels. Aux États-Unis, « les jeunes de 8 à 18 ans interrogés pour l’enquête longitudinale Generation M2 disent passer quotidiennement plus de 7 h 30 à consommer des contenus numériques » (Rideout et al., 2010). p. 136
Texte ou vidéo?
Oliveri Nicolas, Rasse Paul, « Les Mooc et leurs dérivés, ou l’imaginaire des technologies pédagogiques », Hermès, La Revue, 2017/2 (n° 78), p. 110-117. DOI : 10.3917/herm.078.0110.
L'article
Mais le dispositif lui-même, au-delà de l’enthousiasme de ceux qui le mettent en œuvre, est-il vraiment révolutionnaire ? Les vidéos en ligne, si courtes, ciblées et bien conçues soient-elles, sont-elles vraiment plus performantes que ne le sont les manuels, eux-mêmes de mieux en mieux conçus et illustrés ? En effet, la lecture d’une page reste plus rapide et plus facilement adaptable aux capacités cognitives et aux besoins précis de l’apprenant que ne l’est une vidéo si fluide, si séquencée et maniable soit-elle. D’abord parce que la lecture silencieuse d’un texte est de trois à cinq fois plus rapide que ne l’est la lecture à haute voix ou, ce qui revient au même, l’écoute du discours d’un enseignant enregistré sur une vidéo. Face à un document écrit, le lecteur embrasse la page du regard. Il peut s’y promener bien plus aisément que dans une vidéo ; il peut s’arrêter sur une partie du texte, une image, un tableau, le lire et le relire pour le décoder ou le mémoriser. De même, le principe de dispositif pédagogique inversé n’est pas non plus vraiment nouveau : bien des enseignants l’appliquent depuis longtemps quand ils demandent aux élèves de lire chez eux des parties de cours ou des textes fondamentaux qui sont ensuite commentés et discutés en séminaires ou en petits groupes de travaux dirigés. (pp.112-113)
Le cerveau lecteur
Ce petit article nous propose des réflexions des plus intéressantes sur l'impact de la lecture sur écran sur les capacités cognitives.
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Rencontre avec Maryanne Wolf, une neuroscientifique américaine, directrice du Centre pour la dyslexie, les apprentissages diversifiés et la justice sociale à UCLA. Proposé par le Conseil national du numérique (France).
... En termes d'évolution, nous avons tous un ensemble de programmes génétiques pour nos différentes fonctions vitales : par exemple, la vision et le langage se déploient dans le cerveau de l'enfant, avec peu de stimulation de l'environnement. Ce n'est pas le cas de la lecture, car il s'agit d'une invention. La lecture représente une nouvelle fonction cognitive qui n'a que 6000 ans dans notre espèce.
(...) Les jeunes lecteurs doivent devenir suffisamment rapides pour intégrer ces processus ensemble, afin de pouvoir introduire des processus plus sophistiqués dans le circuit de la lecture. Lorsque cela devient automatique, nous commençons à relier ce que nous savons (connaissances de base) au nouveau contenu de ce que nous lisons. Nous apprenons ainsi à relier au texte la pensée analogique, les composantes affectives, l'empathie, la prise de recul et de nombreuses compétences déductives. Ce nouveau réseau cérébral de la lecture profonde est au fondement de l'analyse critique et de l'empathie. Ainsi, l'avant-dernier acte de la lecture est l'analyse critique des informations que nous traitons ; l'acte ultime consiste à réfléchir à ce que nous lisons et à générer nos propres idées. Mon premier livre s'intitulait Proust et le Calamar, parce que Proust avait compris l'importance de la lecture profonde en disant ceci : le cœur de la lecture est notre capacité à aller au-delà de la sagesse de l'auteur pour découvrir la nôtre.
(...) Les adultes ont un cerveau de lecture pleinement développé, mais ont du mal à gérer la quantité d'informations dont nous sommes tous bombardés quotidiennement. Notre défaut sera de ne déployer que les processus les plus élémentaires. Par conséquent, lorsqu’il y a autant d'informations, nous avons tendance à les survoler, ce qui court-circuite le processus de lecture en profondeur. (...)
Ce qui m’inquiète, c’est que les enfants n'apprennent pas à allouer leur attention aux processus de lecture profonde, et qu'ils ne développent donc pas le même niveau de capacités d'analyse critique, voire d'empathie.(...)
Nous voulons que tous les enfants développent la qualité d'attention nécessaire qui leur permet de consolider les connaissances, de discerner la vérité, d'analyser la complexité des informations. Or, aujourd’hui, tout le monde est bombardé d'informations, chaque jour nous en lisons de plus en plus, mais les lisons-nous vraiment ?
Notre culture axée sur le profit détourne notre attention pendant la lecture, avec des publicités successives. Les enfants et les jeunes seraient ainsi distraits au moins 27 fois par heure lorsqu'ils lisent (Baron, 2021). Une nouvelle étude de UCLA (Rhinehart, L., Vazquez, S., & Greenfield, P., en cours de publication) a évalué les performances de plusieurs étudiants divisés en deux catégories : ceux utilisant des ordinateurs portables et ceux utilisant du papier pour prendre des notes. Il s’est avéré que les premiers étaient significativement moins susceptibles d'obtenir de bons résultats au test, car ils prenaient des notes mais regardaient également leurs e-mails, etc. Ils avaient donc l'impression de prendre des notes mais en réalité leur attention était dispersée. Dans une méta-analyse de recherche (Delgado, Vargas, Ackerman, Salmerón, 2018) portant sur plus de 171 000 sujets, les auteurs ont examiné plus de 50 études entre 2000 et 2017 qui portaient sur la façon dont les étudiants comprenaient la même histoire en version imprimée par rapport à l'écran. Ils ont constaté que la compréhension du texte, notamment le séquençage de l'intrigue, était meilleure sur papier. Qu'en est-il des natifs du numérique (« digital natives ») ? Bien qu'ils se soient perçus meilleurs à l'écran parce qu'ils étaient plus rapides, c'était une illusion. Les natifs du numérique étaient même meilleurs avec les versions imprimées que les autres sujets. (...)
Pour les citoyens, il peut y avoir des implications très concrètes lorsqu’on ne développe pas son analyse critique ou son empathie. En effet, les processus évaluatifs au sein de l'analyse critique sont essentiels pour une démocratie : grâce à ces processus, nous devenons capables de discerner la vérité dans l'information, nous apprenons à générer des hypothèses et à faire des analogies entre ce que nous savons et ce que nous lisons. Le seul fait de discerner ou non la vérité a un impact fondamental sur le fonctionnement de la démocratie. A contrario, la perte ou la diminution de l'analyse critique et de l'empathie rend les citoyens plus vulnérables à la désinformation, aux fake news ou encore aux fausses promesses démagogues.
Malheureusement, de plus en plus, les individus n'utilisent que les informations qui, d'une source à l'autre, confirment ce qu'ils pensent. De nombreux citoyens, bombardés d'informations, se contentent de lire les sources qui leur sont familières et qui confirment et renforcent leur pensée antérieure. (...)
Aussi, si l'accès à l'information sur Internet est essentiel, encore faut-il que les citoyens détiennent un esprit critique et empathique, et soient capables d'analyser et d'évaluer l'information dans un contexte plus global.(...)
Chaque média a ses forces et ses faiblesses, et l'objectif est de déterminer quel est le meilleur pour quel objectif et pour qui. Par exemple, lorsque je voyage, j'ai ma liseuse électronique pour les romans rapides et une copie papier pour les textes qui nécessitent une réflexion plus approfondie. La question qui se pose au lecteur du XXIe siècle est la suivante : quel est l'objectif de la lecture de cet élément d'information particulier ? Nous devons comprendre ce que fait chaque technologie, et être capables de choisir. (...)
Il semble que le manque de lecture approfondie lié aux médias numériques affecte également l'écriture. Dans le cadre de la dernière étude mentionnée, les étudiants ne lisaient que le début du texte, au détriment d’informations fondamentales telles que la méthodologie, l'histoire, le contexte. Aussi, l'écriture était moins informée et moins capable d'adopter la perspective du lecteur. Par ailleurs, une autre transformation mérite d’être relevée : celle de la densité du texte et la complexité même des phrases, à travers les nouvelles formes de communication, que ce soit par e-mail ou sur Twitter. De nombreux professeurs constatent des changements dans les capacités d'écriture de leurs étudiants. (...)