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Crouzier Marie-Françoise, « Tous connectés ? Ni enfer, ni paradis, un monde à construire ensemble », Administration & Éducation, 2015/2 (N° 146), p. 11-19. DOI : 10.3917/admed.146.0011.
L'article
Le poids des mots
La terminologie autour du numérique s’est imposée avec des définitions qui semblent aller de soi mais qui méritent d’être explorées pour en saisir les subtilités et en tirer enseignement.
« Informatique » tout d’abord. Le nom, et par suite l’adjectif qui s’y rapporte, est apparu au XXe siècle. Il désigne la science du traitement rationnel et automatique de l’information ainsi que l’ensemble des applications de cette science.
« Numérique » ensuite. Ce mot valise, kaléidoscopique, a détrôné les acronymes TIC (technologies de l’information et de la communication) ou TICE (TIC appliquées à l’éducation) qui cachaient eux-mêmes des acceptions très diverses, allant de supports ou pratiques techniques souvent liés à l’informatique, à des formes de médiation plus ou moins teintées d’idéologie.
Étymologiquement, le mot numérique vient du latin numerus qui signifie « nombre ». En français, l’adjectif numérique apparaît au XVIIe siècle et qualifie ce « qui a rapport aux nombres », « qui appartient au nombre ». Son usage se développe dans les domaines scientifiques et techniques, où l’on parlait initialement de traitement « digital ». Avec l’avènement de l’informatique, en France, il est employé par opposition à l’adjectif « analogique » et fait référence au codage binaire 0-1 qui désigne un mode de traitement automatisé du signal. Depuis les années 2000, il s’est imposé dans le langage courant comme substantif, évoquant tout ce qui a trait à l’informatique, à l’internet et aux phénomènes anthropologiques induits par l’émergence des techniques fondées sur le calcul numérique. Il peut désigner des infrastructures, des services des outils… C’est un mot « magique » ayant vocation à régler des problèmes (ou, pour d’autres, à en créer) et porteur d’enjeux pour de nombreux acteurs. Le terme digital, anglicisme donné pour synonyme de numérique, tend à revenir en usage alors que, selon certains chercheurs (Levy 2011, Dupuis 2015), le mot « algorithmique », employé comme alternatif, paraît plus approprié. L’internet apparait comme un media de communication ubiquitaire avec une énorme puissance de calcul. Il a en effet la capacité de mettre à disposition tout ce qui a été produit antérieurement et tout ce qui est produit aujourd’hui (imprimerie, radio, cinéma, télévision…), mais surtout de traiter automatiquement par algorithmes l’ensemble de ces données, visibles et cachées. (p.12)
(...) Le réseau internet, qui se définit selon le Federal Networking Council (FNC, 1995) comme un système global d’information, permet, au niveau mondial, un échange massif d’informations multilingues entre des objets qui les lisent et qui les restituent. Le World Wide Web est l’une de ses applications les plus connues et les plus utilisées, appelée Web dans sa forme contractée, ou « toile », et identifiée par www . Elle permet de naviguer, à l’aide d’un navigateur, entre des pages d’informations multimédias reliées par des liens hypertextes. Le premier Web, créé dans les années 90 et appelé 1.0, introduit le langage HTML pour coder les pages, définit un système d’adresses en URL et un protocole de communication en http . Il se caractérise par une mise en ligne d’informations descendantes, du webmaster vers l’internaute. Au début des années 2000 naît le Web 2.0, ou web collaboratif. Apparaissent les blogs, les forums, les wiki, les réseaux sociaux… L’internaute quitte son rôle de consommateur passif pour contribuer activement à la création de contenus et à la validation de leur valeur. Le Web 3.0, dit web sémantique, est en passe d’émerger. (p. 13)
(...) Les logiciels libres donnent la liberté de créer en modifiant le code source d’un programme, en le redistribuant modifié pour qu’il soit à nouveau transformé par d’autres. Les ressources éducatives libres permettent d’entrer dans des pratiques pédagogiques « augmentées » par des apports experts constamment renouvelés. Les archives ouvertes institutionnelles HAL (hyper articles en ligne), en accord avec la déclaration de Berlin sur l’accès libre à la connaissance en sciences, proposent un auto archivage par leurs auteurs de données brutes, résultats et publications de recherche ainsi que la migration de revues électroniques dans des espaces de dépôt prévus à cet effet. Ces données scientifiques, diffusées en temps réel, accessibles sans restriction à la communauté de chercheurs et au grand public, constituent un socle multidisciplinaire pour des productions collaboratives ultérieures. Plus largement les plateformes ouvertes (Facebook, LinkedIn, twitter…) s’érigent en modèle d’attractivité . Elles proposent une liberté d’usage et une multiplicité d’expériences qui engagent et fixent les utilisateurs. Elles placent l’usager ou le client au centre de la création de richesse et capturent leur interactivité. Elles transforment ainsi la puissance d’innovation collective en levier de développement propre à susciter des conflits d’intérêt entre les acteurs, souvent innovateurs, et les géants de l’intermédiation. Le passage vers un paradigme du libre accès, bordé par des droits et une éthique à (re)définir , apparaît ainsi comme une question déterminante en particulier pour le domaine éducatif. (p. 17)
LES MOOC
Oliveri Nicolas, Rasse Paul, « Les Mooc et leurs dérivés, ou l’imaginaire des technologies pédagogiques », Hermès, La Revue, 2017/2 (n° 78), p. 110-117. DOI : 10.3917/herm.078.0110.
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Les extraits:
Les Massive Open Online Courses (Mooc) arrivent sur le marché de l’enseignement dans un contexte particulièrement propice à leur réussite, tant en termes technologiques que sur le plan culturel, économique et politique. D’abord parce que sous la poussée du néolibéralisme ambiant, les États s’efforcent de faire des économies sur l’une de leurs prérogatives et l’un des premiers postes de dépenses : l’éducation scolaire de la jeunesse.
(...) Là comme dans bien d’autres domaines d’innovation, la tentative pour imposer un acronyme français Clom (cours en ligne ouverts et massifs) a échoué ; les acteurs concernés – universités, écoles, apprenants, médias, monde politique – lui préfèrent celui de Mooc. Il désigne le dispositif pédagogique censé assurer tout ou partie d’un enseignement à distance. Le principe de fonctionnement est relativement simple dans sa définition : il s’agit de proposer des cours en ligne de qualité, gratuits pour les apprenants, conçus par les meilleurs pédagogues, assurés par des intervenants premium, ouverts au plus grand nombre et dégagés de contraintes de lieu et de temps. (...) En effet, les coûts de duplication sont très faibles ; quant à ceux de la réalisation, si sophistiquée soit-elle, ils se répartissent sur une multitude d’utilisateurs et peuvent être aisément pris en charge par la publicité, les collectivités publiques, des fondations ou encore par le financement « premium » de consommateurs privilégiés aguichés par la gratuité, mais finalement contraints de payer pour avoir accès à l’ensemble du dispositif. (p.111)
(...) Le fait est que si des milliers, voire des centaines de milliers d’apprenants se sont inscrits aux premiers Mooc développés par les grandes universités nord-américaines (Harvard, Massachusetts Institute of Technology, San José, etc.), le taux de complétion, c’est-à-dire le pourcentage d’apprenants suivant fidèlement l’ensemble du cours, est relativement faible, de l’ordre de 5 à 10 % comme le supposent les différentes études menées sur le sujet . (p.112)
(...) À terme, on observe même une forme « d’ubérisation » de l’enseignement. En effet, des plates-formes de services Internet proposent à tout un chacun de devenir formateur en l’aidant à concevoir sa propre offre de cours, puis, contre rétribution, d’héberger, de mettre en ligne et de commercialiser les modules de formation.(p.113)
Boissinot Alain, « Le numérique : nouvelle pédagogie et nouvelle rhétorique ? », Administration & Éducation, 2015/2 (N° 146), p. 37-46. DOI : 10.3917/admed.146.0037.
L'article
(...) Leur développement est rapide dans de nombreux domaines (management, économie, droit, santé, philosophie…). On compte en moyenne 8 400 inscrits par cours (notons cependant que seuls 10 % le terminent…), avec un très grand taux de satisfaction. (...) On peut dès lors se demander si cet usage du numérique ne s’inscrit pas d’abord dans une logique de formation tout au long de la vie, ce qui repose le problème de la pédagogie et du statut de la formation initiale… (P. 38)