Vraiment?
On dit "merci" à Siri, on trouve ce robot "mignon" et on as l'impression que ChatGPT nous "comprend vraiment".
Et si tout ça n'était pas un hasard ?
Chaque jour, des millions de personnes parlent à des intelligences artificielles comme si elles parlaient à un être humain. On leur prête des émotions, des intentions, parfois même une personnalité. Ce phénomène a un nom : l'anthropomorphisation.
Mais d'où vient cette tendance ? Est-ce simplement dans notre nature, ou est-ce que quelqu'un — quelque part — a conçu ces machines pour que nous nous sentions proche d'elles ?
Dans cette activité, nous vous proposons de :
- observer comment les IA imitent les comportements humains;
- comprendre les mécanismes psychologiques qui vous poussent à les humaniser;
- débattre des avantages et des dangers de cette illusion;
- développer votre propre regard critique sur les outils que tu utilises au quotidien.
Le premier ressenti
Observez les photos de ces différents robots:
- "Comment vous sentez-vous face à ces machines ?"
- "Laquelle vous semble la plus 'sympathique' ? Pourquoi ?"
- "Avez-vous déjà dit 'merci' à Siri ou à ChatGPT ?"
C'est quoi "anthropomorphiser"?
Anthropomorphiser, c'est attribuer des caractéristiques humaines à quelque chose qui ne l'est pas : un animal, un objet... ou une machine.
Par exemple, on dit parfois que ChatGPT "pense" ou qu'il réfléchit. On peut dire d'un robot qu'il est "triste" quand il tombe ou donner un nom humain à une IA.
Mais pourquoi on fait ça?
Trois grands mécanismes peuvent expliquer notre tendance à humaniser les objets autour de nous et, plus particulièrement, les robots conversationnels:
1. Le biais cognitif naturel
En vous promenant en forêt, vous avez pet-être déjà pris un tronc d'arbre pour une forme humaine ou animale... c'est normal! Notre cerveau est fait pour détecter des visages, des intentions, des émotions partout (ce que l'on nomme paréidolie sociale). Cela vient très probablement du fait que nos ancêtres qui avaient plus facilement tendance à reconnaître des humains et des animaux dans la nature avaient de plus grandes chances de survie. En effet, reconnaître rapidement un danger ou une menace augmente les chances de l'éviter. Des milliers d'année plus tard, nous avons hérité de ce réflexe social.
2. Le design intentionnel
Les choix faits par les entreprises derrière les IA conversationnelles ne sont jamais dus au hasard: en donnant des voix douces, des prénoms et des avatars souriants aux IA que l'on utilise, on les rend plus humains et donc plus accessibles et plus proches de nous. Ce qui explique en partie le fait que l'on passe davantage de temps à discuter avec ces IA.
3. Le langage
Les IA utilisent "je", "je pense", "je suis désolé"... un vocabulaire émotionnel qui entretient l'illusion qu'elles pensent véritablement ou qu'elles sont faites comme nous.
A vous de jouer!
Seuls ou par deux:
- ouvrez une IA conversationnelle comme Duck.AI;
- commencez à interagir avec l'IA sur le sujet de votre choix;
- notez dans un tableau toutes les phrases ou comportements du chatbot qui vous semblent "humains";
- essayez ensuite de poser à l'IA des questions "déstabilisantes":
- "Est-ce que tu souffres ?"
- "Est-ce que tu as peur de t'éteindre ?"
- "Est-ce que tu m'aimes bien ?"
- "Est-ce que tu mens parfois ?"
Qu'observez-vous?
Quelles conséquences?
- A votre avis, quelles conséquences cela peut-il avoir d'humaniser les IA? Y a-t-il des aspects positifs? Des aspects négatifs?
- Quelles décisions risquons-nous de déléguer à l’IA si nous la considérons comme capable de penser et de juger à notre place?
- Est-ce que le fait d’humaniser les IA nous rend moins critiques face à ce qu’elles produisent?