Vous avez peut-être déjà utilisé une caisse automatique au supermarché, commandé un repas avec une application, ou vu une vidéo générée par une IA. Sans forcément vous en rendre compte, vous avez été au cœur d'une révolution qui est déjà en train de transformer le monde du travail. Caissier·e, chauffeur·se, comptable, journaliste, médecin ou illustrateur·rice... Des métiers très différents, mais qui ont un point commun : ils sont tous, à des degrés divers, concernés par l'automatisation et l'intelligence artificielle.
Certains disparaîtront. D'autres se transformeront profondément. Et de nouveaux métiers, qu'on n'imagine même pas encore, verront le jour.
Mais cette transformation ne se fera pas sans heurts. Qui en bénéficiera? Qui en souffrira? Quelle société voulons-nous construire? Ce sont des questions économiques, mais aussi politiques et humaines - et elles vous concernent directement, vous qui allez bientôt entrer dans ce monde du travail en pleine mutation.
Dans cette activité, nous vous proposons de:
- découvrir les chiffres et les réalités de la robotisation;
- analyser des cas concrets de métiers transformés par l'IA;
- débattre des conséquences sociales et économiques de ces changements;
- vous projeter dans votre propre avenir professionnel.
Des chiffres qui font réfléchir
En 2013, deux chercheurs de l'université d'Oxford, Carl Benedikt Frey et Michael Osborne, ont publié une étude qui a fait l'effet d'une bombe: selon eux, 47 % des emplois américains présentaient un risque élevé d'automatisation dans les 10 à 20 années suivantes. En France, l'OCDE estime que 14 % des emplois sont hautement automatisables et que 32 % supplémentaires pourraient être profondément transformés.
Les secteurs les plus touchés? La logistique, la banque, l'industrie manufacturière, le marketing, la programmation, le commerce de détail, et de plus en plus de professions intellectuelles.
Questions :
- Qu'est-ce qui vous surprend le plus dans ces chiffres?
- Quelle différence faites-vous entre un emploi "automatisable" et un emploi "transformé" (en d'autres termes un emploi qui serait amené à évoluer dans les tâches que l'on fait, sans forcément remplacer l'être humain par une machine)?
- Pourquoi les professions intellectuelles sont-elles désormais concernées, alors qu'elles semblaient protégées?
Ce n'est pas la première fois
La peur que les machines "volent" les emplois humains n'est pas nouvelle. Au XIXe siècle, les Luddites, des ouvriers anglais, détruisaient les machines à tisser qui les remplaçaient. Pourtant, la révolution industrielle a finalement créé plus d'emplois qu'elle n'en a détruits - mais des emplois différents, dans de nouveaux secteurs.
L'histoire montre un schéma qui se répète: une technologie détruit certains emplois, mais en crée d'autres, souvent imprévisibles. Qui aurait imaginé, en 1990, que le métier de "développeur d'applications mobiles" ou de "gestionnaire de réseaux sociaux" existerait un jour?
Questions :
- Pourquoi l'exemple des Luddites est-il pertinent pour parler de l'IA aujourd'hui?
- Selon vous, cette comparaison historique est-elle rassurante ou insuffisante? Pourquoi?
- Essayez d'imaginer deux métiers liés à l'IA qui n'existent pas encore mais qui pourraient apparaître dans les prochaines années.
Études de cas
1. Les chauffeurs de taxi face aux voitures autonomes
Des entreprises comme Waymo (Google) ou Tesla développent activement des véhicules autonomes capables de transporter des passagers sans chauffeur humain. En France, on compte environ 63'000 chauffeurs de taxi et VTC. Si la voiture autonome se généralise, que deviennent-ils?
- Quelles compétences d'un chauffeur humain seraient difficiles à remplacer?
- Quelles solutions pourraient être envisagées pour ces travailleurs?
- Qui bénéficierait de cette automatisation ? Et qui en souffrirait?
2. L'IA dans la médecine
Des IA sont aujourd'hui capables de détecter certains cancers sur des radiographies avec une précision supérieure à celle de nombreux médecins. Dans certains pays, des algorithmes rédigent déjà des comptes-rendus médicaux, analysent des prises de sang et suggèrent des diagnostics.
- Pensez-vous que l'IA devrait remplacer les médecins, les assister, ou les deux? Pourquoi?
- Quels aspects du métier de médecin vous semblent impossibles à automatiser?
- Est-ce que vous seriez à l'aise d'être diagnostiqué·e uniquement par une IA? Pourquoi?
3. Les métiers de la création face à l'IA générative
Des outils comme Midjourney, DALL-E ou Suno sont capables de générer en quelques secondes des images, des illustrations ou des musiques de qualité professionnelle. Des graphistes, illustrateurs et compositeurs témoignent déjà d'une baisse significative de leurs commandes.
- La création artistique par une IA a-t-elle la même valeur qu'une création humaine? Pourquoi?
- Est-ce juste que des IA soient entraînées sur le travail d'artistes sans leur consentement ni rémunération?
- Comment les créateurs humains pourraient-ils s'adapter?
On en parle?
Deux positions s'affrontent. Laquelle défendez-vous?
Position A - L'optimiste: "L'IA et la robotisation vont certes transformer le marché du travail, mais comme toutes les révolutions technologiques avant elles, elles créeront de nouveaux emplois, libéreront les humains des tâches les plus pénibles et permettront de se concentrer sur ce qui nous rend vraiment humains : la créativité, l'empathie, le lien social."
Position B - Le pessimiste: "Cette fois, c'est différent. L'IA ne remplace plus seulement les muscles, elle remplace aussi les cerveaux. La vitesse de transformation est trop rapide pour que la société s'adapte. Sans régulation forte, les inégalités vont exploser: quelques entreprises technologiques s'enrichiront, pendant que des millions de travailleurs seront laissés pour compte."
Exercice :
- Choisissez une position, pas forcément celle en laquelle vous croyez, mais celle que vous pouvez le mieux défendre.
- Trouvez trois arguments pour soutenir votre position.
- Anticipez deux objections que l'autre camp pourrait vous faire, et préparez vos réponses.