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La culture scolaire à l’heure du numérique, par Joël Bodin
(...) Comme par magie, en quelques années, un gigantesque réservoir d’informations numérisées rend accessible l’immense patrimoine culturel à tous les élèves et à tous les enseignants. Le site Gallica par exemple propose gratuitement par quelques clics, près de deux millions de documents, tous numérisés qui, il y a seulement quelques années n’étaient disponibles que pour les chercheurs. La disponibilité des connaissances n’est plus un problème, sauf que cette matière première est souvent brute, parfois douteuse et toujours pléthorique. Pour la trier, l’exploiter, de l’esprit critique, du jugement, de la compétence et une culture minimale sont nécessaires. L’élève travaillant sur internet doit être autonome, critique, honnête (pour ne pas plagier), des qualités renvoyant à une « citoyenneté » qui n’est pas toujours au programme et sur laquelle nous reviendrons.
Disposant désormais d’une matière première sans limite et d’ordinateurs en nombre, les professeurs doivent s’interroger sur la méthode pédagogique qu’ils affectionnaient avant la révolution numérique. Le processus d’acquisition du savoir se construit d’une façon différente. L’enseignement dogmatique ou magistral par lequel un maître dispense ses connaissances à un groupe d’élèves qui s’en nourrissent et apprennent par cœur la leçon, cette transfusion du savoir, cette transmission de la culture par clonage en quelque sorte, est directement remise en question. Mais ceux qui s’appliquent à faire construire par leurs élèves leur propre savoir sont en train de comprendre qu’avec internet il faut un encadrement et des bases culturelles dont on pouvait autrefois se passer. S’aventurer dans la jungle d’internet nécessite non seulement un apprentissage et un savoir faire, mais aussi des connaissances de base. Le profit tiré du web est d’autant plus grand qu’on aborde une recherche avec un acquis important. La culture va à la culture.
Peut-être en est-il de même pour le cursus scolaire ? Peut-être faut-il savoir attendre avant d’utiliser l’informatique en classe ? Dans la Silicon Valley, certains ingénieurs préfèrent, pour leurs enfants, une école où l’on n’utilise aucun ordinateur avant 11 ou 12 ans, comme si les fondamentaux devaient être acquis avant d’accéder au numérique, comme s’il fallait savoir apprendre sans écran et sans clavier, pour mieux utiliser ensuite l’outil. Internet enrichit celui qui a déjà un bagage culturel et un jugement exercé. L’implantation massive et précipitée d’ordinateurs dans les écoles primaires pourrait bien être une lourde erreur financière et pédagogique(...). (Bodin, 2012, p. 28)
Bodin Joël, « La culture scolaire à l’heure du numérique », Humanisme, 2012/2 (N° 296), p. 25-30. DOI : 10.3917/huma.296.0025.
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