La metteuse en scène Eléonore Bonah et la scénographe Maria Clara Castioni (artistes en résidence à la Comédie depuis 2024) ont commencé à s’intéresser il y a quelques années à l’autrice Adelheid Duvanel, voix majeure et pourtant trop méconnue de la littérature suisse et germanophone du XXe siècle. Après leur mise en scène de la nouvelle Lenz de Büchner, elles souhaitent poursuivre leur recherche autour de l’adaptation théâtrale de textes non prévus pour la scène, mais aussi autour du temps, du désenchantement et de la résistance joyeuse qu’on peut y opposer.
Dans l’obscurité de notre présent, la metteuse et la scénographe se projettent dans la sensibilité de cette autrice et dans la grande densité de ses récits pourtant extrêmement brefs. En quelques pages à peine (rarement plus de trois, souvent une seule), Adelheid Duvanel esquisse les portraits de personnages étranges, désespérés, mélancoliques et souvent seul. Les artistes plongent dans cette matière non pour en tirer un conte noir, précisent-elles, mais pour travailler sur la limite fine entre humour et désespoir, sur le déploiement d’univers intérieurs qui détournent les règles du réel.
Le rapport au langage et au multilinguisme est également important pour les artistes. L’étrangeté du rapport à la parole dans l’univers de Duvanel, expliquent-elles, rejoint leur désir de travailler scéniquement avec trois langues différentes (allemand, français et italien).