FREEDOM – LE DESTIN DE SHEWIT
Un documentaire de Anne-Frédérique Widmann
Durée : 90’
A 13 ans, Shewit fuit l’Erythrée pour échapper à son destin et conquérir sa liberté. S’exiler pour s’émanciper. Un combat pour l’émancipation filmé pendant 10 ans.
Synopsis
Pour échapper à son passé et à une vie de soumission, Shewit fuit l’Érythrée. A l’âge de 15 ans, après avoir été faite prisonnière par les trafiquants d’êtres humains, elle rejoint enfin la Suisse, un pays dans lequel elle place tous ses espoirs. Mais sept ans plus tard, elle n’a toujours pas de permis de séjour et son sort reste suspendu à la décision des autorités. Migrante en sursis, menacée d’expulsion, Shewit persévère et poursuit son combat pour réaliser son rêve : devenir une femme libre. En chemin, elle rencontre des femmes magnifiques qui vont lui venir en aide et changer sa vie. Un combat pour l’émancipation filmé pendant 10 ans.
Thématiques
– L’importance de la persévérance pour réussir : ne pas baisser les bras.
– L’impact émancipateur de la migration sur les jeunes filles et leur droit à l’autonomie et à la liberté
– Les défis affrontés par les personnes migrantes (intégration, pas de choix de métier, …)
Proposition pour les classes
Une projection en salle de cinéma dès la rentrée de septembre suivie d’un Q & A sur les thématiques intéressant les élèves avec la protagoniste Shewit et la réalisatrice.
Contacter :
Nicole Biermaier : nicole.biermaier@firsthandfilms.ch (de la maison de distribution Firsthandfilms)
et Anne-Frédérique Widmann, réalisatrice : afwid@hotmail.com
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Interview de Anne-Frédérique Widmann
Comment avez-vous rencontré Shewit ?
Je l’ai rencontrée dans un foyer genevois lors de la crise migratoire de 2015. Des milliers de réfugiés mineurs non-accompagnés affluaient vers l’Europe. Ils avaient l’âge de mes enfants et avaient affronté seuls, sans leur famille, le désert, les trafiquants d’êtres humains et la traversée de la Méditerranée. Seuls une petite minorité de ces adolescents (15%) étaient des jeunes filles, le plus souvent érythréennes. Par éducation ou par crainte, elles étaient très timides. Shewit était différente. Marquée par trois mois de détention en Libye, elle voulait parler. Et lorsque je lui ai proposé de filmer son parcours en Suisse, elle a accepté.
Au départ, j’imaginais un film sur la migration et l’exil. Mais deux ans après son arrivée, Shewit émet un souhait que peu d’Érythréennes osent exprimer : devenir indépendante, avoir un emploi et un logement. Au contact de la Suisse, elle se distancie peu à peu des injonctions de sa communauté : se marier jeune avec un Erythréen, avoir des enfants et se mettre au service de sa famille.
Sa force et sa détermination m’ont beaucoup touchée. J’ai eu envie que Shewit soit davantage qu’un chiffre dans les statistiques de l’asile. J’ai eu envie de raconter la réalité de l’exil des jeunes filles en Suisse, sur le long terme, par sa voix et son regard. Aucun travail au long cours n’avait encore été entrepris sur ce thème. Cette aventure a finalement duré 10 ans, avec de nombreux rebondissement à la clef.
Shewit a 15 ans lorsque vous commencez le tournage, elle en a 25 quand le film se termine. Et, finalement, c’est la quête de la liberté qui se retrouve au cœur de votre film…
Oui, ce film raconte quelque chose de puissant et d’universel : la soif de liberté. Il raconte une histoire qui se répète depuis des siècles, celle de jeunes filles et femmes qui comptent sur l’exil pour se libérer. C’est une histoire qui passe souvent inaperçue car ces femmes restent généralement silencieuses.
Shewit a fui son pays car elle voulait reprendre le contrôle de sa vie, suivre ses désirs et faire ses propres choix. Elle voulait rompre le cycle qui condamne les femmes de son pays à la soumission, et aussi, souvent, à l’excision.
Huit ans après son arrive en Suisse, Shewit m’a confié son secret. En Erythrée, alors qu’elle n’avait que 13 ans, elle a été abusée et sa communauté a pris fait et cause pour l’homme qui a profié d’elle. Elle a été obligée de quitter son pays pour avoir droit à une nouvelle vie. Ses confidences et son courage m’ont bouleversée.
Je suis d’autant plus touchée que son pays d’accueil, comme la plupart des pays européens, n’a pas été à la hauteur de son besoin de protection. A trois reprises, sa demande de permis de séjour a été refusée. Pendant huit ans, menacée d’expulsion, sa vie n’a tenu qu’à un fil.
Dans le film qui porte son nom et raconte son histoire, Shewit a décidé de parler de tout ça publiquement. « Je fais cela pour toutes les autres filles et femmes », dit-elle.
Et moi, j’ai fait ce film pour elle et pour que son histoire soit entendue par la population et les autorités suisses. Filmer Shewit pendant dix ans, c’est raconter la réalité de son combat et lui faire justice. Réaliser ce film, c’est souligner combien l’immigration peut être un outil de libération.
Au début de cette aventure, j’ai fait une promesse à Shewit : lui donner une voix et, ce faisant, donner une voix à toutes les femmes migrantes qui se battent pour prendre le contrôle de leur vie. Aujourd’hui, je veux honorer cette promesse.
Pouvez-vous nous parler de vos choix de réalisation?
Ce film est composé de deux types d’images. Celles qui ont été tournées sur une période de dix ans, et celles qui sont plus cinématographiques, avec des plans très rapprochés et des ralentis subtils. Dans les premières, nous suivons Shewit au fil des années, nous la voyons grandir, trébucher et se relever. Le second type d’images transmet la voix et les pensées de Shewit avec le recul. De manière poétique, elles mettent en évidence son expérience transformatrice.
Le film est ainsi raconté à la première personne : Shewit raconte elle-même son histoire, son parcours de l’adolescente à la femme adulte qu’elle est devenue, avec tout son cœur et ses propres mots.
