Historique
« Pratiquer » la culture c’est faire preuve de curiosité: découvrir – en soi et chez les autres – des ressources insoupçonnées en exerçant une activité artistique, enrichir sa personnalité et former son goût au contact d’œuvres de genres différents, développer son sens critique pour comprendre ce que nous sommes, enfin devenir soi-même et conquérir son indépendance de jugement face aux autres.
« Pratiquer » la culture c’est aussi partager des émotions et du plaisir allant de l’humour à la gravité, trouver des réponses à des interrogations, quelquefois poser les mots adéquats sur un sujet douloureux, accepter l’inconnu, identifier l’adversité et la dépasser ! C’est encore rencontrer des femmes et des hommes aux parcours atypiques, des professionnels habités par leurs métiers, des personnalités passionnées par leur art et animées par le désir de transmettre leurs connaissances.
A Genève, « la pratique » de la culture à l’école a toujours été soutenue et encouragée par le département de l’instruction publique (DIP). Dans le cadre de la scolarité obligatoire, l’enseignement primaire, le premier, a favorisé l’émergence et le développement de secteurs spécifiquement consacrés à la culture : le service culturel de l’enseignement primaire et Les arts et l’enfant.
« Pratiquer » des activités culturelles avec une classe fut donc la mission fondamentale de ces deux secteurs de l’enseignement primaire. Toutefois, la formation initiale des titulaires, leur volonté, leur goût, restent déterminants dans cette pratique demeurant par nature « facultative ». S’ajoutent aussi à ces intentions louables, l’apport précieux des maîtres spécialistes (MDAS), la qualité des projets d’établissements, les propositions des communes dotées de structures culturelles, le rôle des familles et des associations locales. Ce sont autant d’opportunités complétant favorablement les offres mises en place pour que les élèves accèdent à la culture.
L’accès à la culture, un défi courageux !
Depuis les années 1960, le Service culturel de l’enseignement primaire a proposé aux classes du canton de Genève des concerts et des représentations théâtrales. Par le biais de conventions avec l’Orchestre de la Suisse Romande, l’Orchestre de Chambre de Genève, le Théâtre des Marionnettes de Genève, fondé par Marcelle Moynier en 1929 et dont l’actuel bâtiment date de 1983, puis avec Am Stram Gram le Théâtre, fondé par Dominique Catton en 1974 et dont l’institution éponyme est ouverte en 1992, mais aussi grâce à un partenariat avec les musées de la Ville de Genève. Ce service a bénéficié d’une incontestable notoriété pour sensibiliser le jeune public à la culture. Sans formuler une critique péjorative, il faut admettre que la culture promue alors pour ce jeune public était sans doute uniquement « conçue » à son intention, trop scolaire pourrait-on dire de façon lapidaire !
A cette époque, dans les musées également, l’univers culturel reste la plupart du temps assujetti à l’école : l’histoire genevoise et le relief Magnin, les sciences de la nature et les collections du Muséum d’histoire naturelle, l’exotisme du Musée d’ethnographie alors encore « enténébré » dans son ancienne structure…
Le Musée d’art et d’histoire imagine dans les années 1970 une audacieuse politique de médiation culturelle sous la férule de Miroslav Lazovic et de Marie-Danielle Frésard. Les institutions locales débutent peu à peu leurs mues pédagogiques à la suite de ces premiers projets. Toutefois les collections de peinture médiévale ou de paysages alpestres au Musée d’art et d’histoire, les institutions privées, les galeries d’art actuel, les ateliers d’artistes indépendants, parmi d’autres, attirent trop peu les classes et leurs titulaires. Ces derniers sont souvent intimidés par des caractéristiques intrinsèques à « l’objet culturel » et qu’ils ne maîtrisent pas: compétences en histoire de l’art, des religions ou des civilisations, notions techniques, connaissances de l’actualité, intérêt pour l’art en général, etc.
En 1993, dans le cadre du secteur des arts visuels de l’enseignement primaire, quelques MDAS – Brigitte Aymon, Martin Staub, Jean-Louis Perrot, Marco Bertino et Jean-François Luthy – sous la conduite de l’inspectrice alors en charge de ce secteur, Danielle Vaney, proposent un nouveau programme culturel hors des murs de l’école consacré aux arts plastiques. La programmation est plus sensiblement axée sur l’art contemporain – qui voit à ce moment l’émergence du MAMCO – et fait appel à des artistes professionnels indépendants. Ce sera L’art et les enfants. Ce programme – hors institution – complète l’enseignement par les titulaires et les maîtres spécialistes des arts visuels (dessin et travaux manuels) en proposant une ouverture sur le monde « professionnel de l’art ». Stages auprès de céramistes, de sculpteurs ou de graveurs indépendants, visites guidées de galeries d’art contemporain, « redécouverte » des musées, ateliers spécifiques au Centre de Geisendorf, nouent ces liens indispensables entre l’école et la cité (institutions publiques ou privées, artistes, structures culturelles, etc.) dans un canton-ville à la diversité artistique exceptionnelle.
A cette époque, ce projet est financé intégralement par le mécénat privé pour la rétribution des artistes indépendant sollicités, le DIP prenant en charge les interventions des MDAS promoteurs du projet.
Dès la première parution du catalogue, alors semestrielle, le programme L’art et les enfants est un succès.
En 1998, le programme L’art et les enfants, porté par l’essor culturel genevois dû, entre autres, au rayonnement du MAMCO ouvert en 1994, voit sa palette d’activités s’élargir avec la présence de stages musicaux conçus par les Ateliers d’ethnomusicologie, l’Ensemble Contrechamps, le Festival Archipel.
En 2003, la danse contemporaine intègre la programmation avec la présence de spectacles et d’ateliers de danse conduits par des MDAS, des chorégraphes et des compagnies indépendantes.
En 2005, le programme devenu annuel, entré dans les usages des titulaires de la division ordinaire et de la division spécialisée devient: Les arts et l’enfant. En effet, la programmation répertorie toutes les activités culturelles, plus d’une centaine, destinées par le DIP aux élèves de l’enseignement primaire, celles du Service culturel de l’enseignement primaire et celles de L’art et les enfants. Grâce aux conventions existantes déjà citées (OSR, OCG, TMG, ASG); au partenariat avec la Ville de Genève (bibliothèques municipales et musées); aux relations fructueuses avec des institutions communales ou privées, le programme reflète progressivement toutes les facettes de la vie culturelle genevoise et régionale. Beaux-Arts, Cinéma, Danse, Musique et Théâtre sont les domaines représentés sous la forme de spectacles, de concerts, de visites, de stages, d’ateliers et d’animations en école. Ces dernières sont des animations dites « en petite formation » destinées prioritairement aux écoles de campagne ne pouvant se rendre aisément en ville, les animations deviendront peu à peu le moteur de projets culturels d’établissements intra-muros.
Le financement de ce programme est désormais pris en charge par le département de l’instruction publique (MDAS et intervenants indépendants) ; l’appui ponctuel de fondations privées (notamment la Fondation Hélène et Victor Barbour) et du Fonds Vivre Ensemble apportent un soutien significatif pour des projets spécifiques.
En 2006, la dernière brochure papier est publiée. Une page se tourne. La programmation et les inscriptions abordent l’ère du numérique et d’internet. La technique se porte garante d’une plus grande équité dans le traitement des demandes d’inscriptions, chaque année plus nombreuses (plus de 12’000 en 2016).
En 2008, l’adjonction du domaine du Livre – avec des partenariats avec la Fondation Martin Bodmer, la Maison de Rousseau et de la Littérature, les événements « Poésie en Ville » et « La Fureur de Lire » – achève l’ensemble.
En 2010, le programme Les arts et l’enfant, doté de plus de 125 activités et offrant l’opportunité à près de 35’000 élèves (DO/DS) d’aborder une ou plusieurs fois dans l’année scolaire l’univers culturel, est le prestataire principal du département de l’instruction publique, de la culture et du sport, en matière de ressources artistiques hors enseignement pour les élèves de 4 à 12 ans, voire 18 ans pour les institutions. Par ailleurs, les familles, les titulaires, les établissements scolaires, les communes et les associations, continuent de compléter par leurs apports respectifs l’équilibre culturel nécessaire à l’évolution intellectuelle et sociale d’un enfant vivant à Genève, dans un environnement si propice aux pratiques culturelles.
En 2011, le programme Les arts et l’enfant rejoint le Service cantonal de la culture et s’intègre le premier au dispositif Ecole&Culture (au prix de l’abandon de son nom de baptême !) qui réunit une équipe de conseillers culturels issus des trois degrés d’enseignement : primaire, secondaire I et secondaire II. Ensemble, ils poursuivent leurs programmations respectives, mènent des actions de valorisation communes, s’interrogent sur les défis à relever au sein des établissements scolaires (écoles, cycles d’orientation, collèges, écoles de commerce, écoles de culture générale, centres de formation professionnelle), développent ensemble un site internet permettant de prendre en considération l’intégralité d’une démarche culturelle touchant des élèves du début de leur scolarité à leur majorité.
En 2017, Ecole&Culture est rattaché à l’Office de la culture et du sport nouvellement créé pour renforcer les liens avec la création émergente qui sera la culture de demain. Le lien temporel avec le jeune public est naturellement explicite. La même année la loi genevoise sur la répartition des tâches entre l’Etat, la Ville et les Communes est appliquée. La ville de Genève devient le principal promoteur en matière de création culturelle au détriment de l’Etat.
La même année, la place de la culture à l’école fait l’objet d’une recherche concrète en présence des élèves dans dix écoles du canton. Les premières synthèses accréditent un changement de paramètres notables depuis la diffusion d’internet et l’usage des réseaux sociaux.
En 2018, à la suite des élections cantonales, l’Office cantonal de la culture et du sport rejoint le nouveau département de la cohésion sociale (DCS). Quelques jours plus tard, Ecole&Culture est rapatrié au sein du département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse (DIPFJ) au sein d’une entité subsidiaire au Secrétariat général: le Service école sport art citoyenneté (SESAC).
E&C / Stéphane Dubois-dit-Bonclaude
