Fake news : « Supprimer les contenus, c'est l'inverse du débat démocratique »
Interview de l'avocat Dan Shefet
L'article
Par Laurence Neuer, Le Point, publié le 07/06/2018 à 09h20 I Consulté le 20 mai 2021
Un extrait:
... Il faut commencer par oublier la terminologie de « fake news » qui peut nous conduire à la dictature, car seul le juge décidera si une opinion est légale ou pas. Avec le populisme qui gagne du terrain dans de nombreux pays, on ne sait pas comment une telle loi pourrait être dévoyée. Il me semble au contraire capital d'interdire les news sélectives en période préélectorale sur les médias sociaux. Tout le monde doit être en mesure de posséder les mêmes informations de façon à pouvoir s'exprimer sur la même base. Le vrai risque pour la démocratie, c'est de recevoir des news qui nous confortent dans nos opinions. Donc, arrêtons de parler de « fake », parlons de news « contestées » ! Et, au lieu de supprimer les contenus litigieux (qu'il s'agisse de faits, d'opinions, etc.), taguons-les en indiquant qu'ils sont contestés. Le tag pourrait par exemple indiquer : « Attention, tant de personnes ont signalé que ces informations sont fausses. » Et la news contestée circulerait alors sur Internet avec son tag d'avertissement. Supprimer les contenus, c'est l'inverse du débat démocratique. Pour être efficace, une loi ne doit pas conduire à les supprimer, mais à dire qu'ils sont contestés, et à interdire les news sélectives. Et cette contestation doit être facilitée par les médias sociaux. Je regrette d'ailleurs que l'élaboration de ce projet n'ait pas, semble-t-il, intégré l'expérience et les observations de ces médias sociaux pour pouvoir identifier ce qui est techniquement possible...