Marilyn Monroe – née Norma Jeane Baker – et Hélène de Troie partagent un même destin: celui de femmes transformées en icônes, adorées puis sacrifiées par des mondes façonnés par le pouvoir masculin. La guerre et le cinéma les célèbrent autant qu’ils les consument.
Dans la version d’Euripide dont s’inspire Anne Carson, Hélène n’est jamais allée à Troie. Pâris n’a enlevé qu’un fantôme, un nuage à son image. Les hommes s’entretuent donc pour une illusion. À partir de ce vertige, Anne Carson compose un poème tragique où se superposent Sparte, New York et Hollywood, tragédie antique et culture contemporaine, Hélène et Marilyn.
Les figures se déplacent et se rejouent: Norma Jeane prend les traits de Truman Capote, Arthur devient roi de Sparte et de New York, tandis que le théâtre lui-même oscille entre mythe, mémoire et fiction. Entre fragments lyriques et définitions du lexique guerrier, la pièce interroge avec une ironie acérée les récits de pouvoir, de domination et de représentation qui traversent l’histoire occidentale.
Maya Bösch fait vibrer cette matière foisonnante dans une forme scénique multiple et explosive. Sur scène, la comédienne Barbara Baker traverse voix, langues et figures féminines dans un jeu de métamorphoses permanentes. Avec la complicité de Victor Roy, le plateau devient un espace d’apparitions et de collisions où le réel déborde sans cesse vers la fiction.
Entre humour ravageur, puissance poétique et liberté formelle, Norma Jeane Baker de Troie transforme le théâtre en chambre d’échos des mythologies contemporaines.
Elle bouscule les récits établis et questionne les rapports de pouvoir, la violence et la responsabilité. La poésie devient alors un espace de liberté, capable de faire entendre d’autres voix et d’ouvrir d’autres lectures de l’histoire.
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