Le metteur en scène romand Robert Sandoz est un habitué du théâtre de Carouge, où il a conquis le public avec Feydeau, Anouilh, Ramuz et son adaptation de La Règle du jeu de Jean Renoir.
Écrite après le scandale du Tartuffe, la pièce de Dom Juan a pour héros un bien curieux personnage : séducteur compulsif, athée iconoclaste, observateur froid d’une société qu’il abhorre, Dom Juan fuit ses détracteurs comme s’il tentait d’échapper à lui-même. Face à lui, son valet, Sganarelle, qu’il sadise autant qu’il considère, est plein de bon sens et d’humanité, mais dénué de tout courage. Alternant les registres, du comique au tragique, Dom Juan est une œuvre aux mille facettes. Robert Sandoz désire ouvrir la focale au-delà du duo et expérimenter la choralité, assumer l’existence d’un petit groupe emporté par le tourbillon des événements. De cette manière, il cherche à souligner les effets délétères de la lâcheté face à un individualisme débridé. Si Dom Juan apparaît comme l’Homme moderne qui nous libère de la religion, il est aussi le premier cynique, dont les avatars actuels glacent d’effroi. Comme il est question d’amour, d’honneur bafoué et de vengeance, l’action est transposée dans un Mexique de Fête des Morts chatoyant, propice au dénouement fatal qui rétablit, au moins sur les planches, l’ordre des choses et la justice du Ciel.