En révélant les résultats de son enquête sur une pièce de théâtre polémique, la cheffe de la rubrique culturelle ne pensait pas mettre le feu aux poudres de la conférence de rédaction du
Journal du Soir. Le nouveau rédacteur en chef, tout juste débauché d’un journal conservateur, refuse de laisser publier cette enquête. Il faut dire que ce vénérable quotidien était déjà au bord de l’implosion, menacé de mise au pas éditoriale et de rachat par un nouveau propriétaire — comme si le « quatrième pouvoir » n’était plus que la cinquième roue d’un carrosse lancé à toute allure vers l’abîme. Dans ce huis clos tendu, les fractures idéologiques éclatent au grand jour, exacerbées par les rumeurs d’un rachat imminent du titre par un groupe industriel.
À l’heure où, partout en Europe, le métier de journaliste est fragilisé par la concentration des médias dans des groupes privés, la diffusion de fausses informations et leur instrumentalisation à des fins politiques ou économiques, le metteur en scène genevois pose son regard sur le monde de la presse. Avec son art de la dialectique, de la complexité et de l’humour, il en tire une fiction à même de révéler les fractures et les tensions qui menacent nos démocraties.