C’était sans grande réflexion et sans la moindre attente que j’avais cliqué sur l’option MMBS allemand. « Ça te ferait du bien ! Tu apprendras l’allemand. » L’allemand ne m’intéressait pas trop. Mais l’idée d’une année de vacances et d’un peu de paix était suffisante pour que je dise : « Bon, pourquoi pas. » Ça, c’était le moment qui allait changer l’année qui suivrait.
Je suis arrivée à Zoug avec des valises remplies d’habits et peu de souvenirs. Je n’y croyais pas, c’était censé être un événement futur, toujours en vue mais jamais destiné à se réaliser. La langue, les coutumes, l’école, les gens ; j’avais l’impression de me noyer avant même de comprendre que j’étais sous l’eau. Comme si cela ne suffisait pas, le premier jour, ils me disent que les notes du deuxième semestre comptaient. Ce ne seraient donc pas les vacances auxquelles j’avais pensé. De toute façon, après quelques heures à ne rien faire, je m’ennuyais. En plus de tout cela, ma famille me manquait. J’avais un terrible cas de « Heimweh ». Mais je suis restée, les jours passaient et je m’intégrais. Je me suis fait une amie, une fille d’échange du Chili. J’ai appris à m’orienter dans l’école et j’ai appris où trouver de quoi déjeuner. Je me suis habituée aux habitudes de la famille : dîner à six heures, jeter le compost. Finalement, à la fin de l’échange, cette ville étrangère était devenue ma deuxième maison.
Pendant cet échange, j’ai appris à apprécier la différence. Au début, je n’aimais pas tant de choses parce qu’elles m’étaient inconnues et me semblaient donc moins logiques. Je pensais que travailler sur papier à l’école était plus facile, car cela me semblait plus matériel et plus visuel, et que le calme et la tranquillité de la ville n’étaient pas comparables à l’activité de Genève. Mais en me plongeant dans ces pratiques, j’ai compris qu’une logique existait. Je pense que ma réflexion est désormais plus diversifiée et que je fais preuve d’une plus grande ouverture d’esprit.
Le fait de me retrouver dans un environnement différent m’a également beaucoup appris sur moi-même. Je n’avais pas réalisé à quel point je me définissais à travers mes relations, mes habitudes et mon entourage. Au début, je me sentais complètement perdue, mais cela m’a permis de me remettre en question. J’ai pu reconstruire mon identité, aller plus loin en moi-même. J’avais aussi le temps et moins de distractions pour me concentrer sur moi-même, ce qui m’a permis de découvrir des aspects de ma personnalité qui étaient restés cachés simplement parce que je ne m’étais jamais retrouvée dans une situation qui leur avait permis de s’exprimer.
Il y a toutefois eu de nombreux défis tout au long de cet échange, la langue étant sans doute le plus important. Je n’avais pas réalisé à quel point il serait difficile d’apprendre cette langue et à quel point cela affecterait ma confiance en moi. On se sent moins intelligent. À quoi servent vos bonnes idées si vous ne pouvez pas les formuler et les faire comprendre aux autres ? Les gens pensaient que mon incapacité à communiquer s’étendait également à d’autres domaines. Que je manquais de bon sens, par exemple. On oublie aussi qu’on se trouve dans un environnement où, sur le plan linguistique, on n’est tout simplement pas au même niveau. J’en suis ressortie plus forte : j’ai appris à ne pas intérioriser les pensées des autres et à me concentrer sur moi-même. Après avoir surmonté un défi tel que la langue allemande, j’ai également gagné beaucoup de confiance en moi.
En conclusion, je pense que tout le monde devrait participer à un échange. Je ne peux pas garantir que tout le monde vivra la même expérience ou apprendra les mêmes choses, mais
je suis convaincue que cela nous rend plus forts, nous fait sortir de notre zone de confort et nous offre des souvenirs et des liens qui dureront toute une vie.
