Ella Maillart

Qui est Ella Maillart?

Ella Maillart: une vie d’aventures, une quête d’absolu

L’âme d’une grande dame plane sur Chandolin, petit village du Val d’Anniviers perché à 2000 mètres d’altitude: celle d’Ella Maillart, décédée le 27 mars 1997. C’est ici que cette Genevoise de souche a choisi de s’installer après avoir traversé le XXe siècle, de voyages en voyages, dans les contrées les plus extrêmes du continent eurasiatique.

Curieusement, la vie d’Ella Maillart se partage exactement en deux:  47 ans de périples, en une quête éperdue de rencontres authentiques avec des «peuples non influencés par notre civilisation» et 47 ans de partage de ses connaissances teintées d’une sagesse qu’elle découvrira aux Indes, but intimement ultime de ses pérégrinations.

La sportive

Ella Maillart naît à Genève en février 1903 d’un père suisse, Paul, négociant en fourrures, et d’une mère danoise, Marie Dagmar. Elle a un grand frère, Albert, de six ans son aîné. Dès ses six ans, sa mère l’emmène skier tous les dimanches d’hiver. En 1913, Paul Maillart fait l’acquisition d’une petite maison au bord du lac Léman, au Creux-de-Genthod. Leurs voisins, les Saussure, ont une fille, Hermine, dite Miette, du même âge qu’Ella. Elles deviennent inséparables. Le décor de l’enfance d’Ella est planté: bateau en été, ski en hiver.

En 1921, devenues des navigatrices chevronnées, les deux jeunes filles voguent sur la Méditerranée, gagnent la Corse puis la Grèce. Toutes deux rêvent du Pacifique dont leur a parlé Alain Gerbault, le premier marin qui fera la traversée en solitaire de l’Atlantique d’est en ouest. Le ski est une autre passion d’Ella. Elle entraîne l’équipe féminine suisse de ski et défend les couleurs du pays à quatre reprises aux championnats du monde. Dans son ouvrage autobiographique, Croisières et caravanes, elle écrit des pages particulièrement libres et inspirées lorsqu’elle parle de son sport de prédilection.

1914 arrive. L’horreur de la guerre va marquer la jeune fille.

Ecrivain malgré elle

Le destin d’Ella Maillart comme voyageuse, journaliste, conférencière et écrivain n’est pas tracé d’avance. Une série de rencontres décisives va lui permettre de trouver sa voie. En 1929 à Berlin, elle fait la connaissance de la veuve de Jack London qui va généreusement lui offrir son premier voyage à l’est. Ella part pour Moscou en 1930, avec l’idée d’écrire un livre sur les films russes. Elle loge chez la belle-fille de Léon Tolstoï, s’intéresse à l’organisation des sports et à la jeunesse russe. Elle entreprend un périple dans le Caucase avec un groupe d’étudiants russes sous la conduite d’un officier de l’Armée Rouge. A son retour, elle rédige Parmi la jeunesse russe, son premier livre. L’éditeur parisien Charles Fasquelle l’édite et lui signe un chèque de 6000 francs.

Les grands voyages

Au printemps 1932, elle part pour le Turkestan soviétique. Inséparable désormais de son fidèle Leica, elle photographie les Kirghizes, les Kazakhs et les Ouzbeks. Le voyage dure six mois; elle parcourt 500 kilomètres à dos de chameau, gravit des montagnes et traverse des déserts.

Désormais, Ella publie et donne des conférences documentées de photos qui font rêver. En 1935, le journal Le Petit Parisien l’envoie en mission en Mandchourie rendre compte sur le vif de la mainmise japonaise. Elle y rencontre le jeune écrivain Peter Fleming, «l’oncle de James Bond», envoyé spécial du Times. Les deux aventuriers se retrouvent à Pékin et décident de tenter l’impossible : relier Pékin aux Indes par l’une des régions les plus reculées du globe, le Sinkiang, encore inexploré et interdit, sans être arrêtés par les autorités. Seule possibilité : «voyager à une altitude de cinq mille mètres en passant par des vallées désertes où l’eau était rare et où nous pouvions marcher deux à trois semaines sans rencontrer âme qui vive.» Exploit réussi en sept mois, après avoir traversé les régions les plus secrètes, emprunté la route de la Soie et traversé les oasis interdites du Taklamakan au Pamir.

Ella continue de voyager pour le Petit Parisien, notamment en Afghanistan. Elle entreprend en 1939 son premier périple en automobile, avec la Ford de son amie, l’écrivain zurichoise Anne-Marie Schwarzenbach. Ella espère qu’Anne-Marie réussira à se libérer de l’emprise de la drogue. Elle écrit: «La vie intérieure colore et conditionne la vie extérieure; elle est plus proche de nous et d’une réalité plus essentielle.» C’est une étape d’introspection importante.

Acte de foi

Ce cheminement intérieur va trouver son aboutissement alors que la Seconde Guerre mondiale éclate. De Kaboul, Ella se rend en Inde et va y rester cinq ans. Elle s’établit à Tirùvannàmalai auprès du sage Sri Ramana Maharishi, «libéré vivant» selon la tradition indienne et dont elle suit
l’enseignement. «Il y a en chacun de nous une félicité latente, déposée en tout être vivant dès l’origine.» Ses centres d’intérêt basculent peu à peu de l’extérieur vers l’intérieur.

Retour en Europe – Chandolin

La guerre terminée, Ella rentre en Suisse. En 1948, elle fait construire un chalet à Chandolin et passe désormais six mois de l’année sur place, «de la dernière à la première neige». Son goût du voyage est toujours vivace et elle repart à plusieurs reprises. En 1951, elle se rend au Népal grâce à l’autorisation du pandit Nehru, un fervent admirateur. Elle accompagne désormais des groupes dans les contrées qui lui sont familières, donne des conférences et rédige ses derniers livres.

En 1990, elle lègue au Musée de l’Elysée à Lausanne sa collection de photos, quelques 1600 clichés qui illustrent les périples de cette grande voyageuse et viennent témoigner d’une époque révolue.

Source: Chancellerie d’Etat, 11 novembre 2009

Référence: http://ellamaillart.ch/index_fr.php

République et canton de Genève | DIP connexion