Les Tweets d’Ella

 

Il y a quelques jours, je suis tombée sur une campagne lancée par une banque suisse pour apprendre à épargner à nos enfants. Il semblerait que nos petits doivent prendre conscience de la valeur de l’argent, à part celle inscrite sur la pièce ou le billet, j’entends… Il paraît que c’est devenu une nécessité, étant donné qu’ ils ne parviendraient plus faire la part des choses et n’auraient, d’ores et déjà, plus le sens de valeurs ! Incroyable ! A peine nés, qu’ils sont déjà perdus, ça promet ! Il faut faire quelque chose…Vite ! Ben, vous me croirez ou pas, on a créé tout spécialement à leur intention une tirelire numérique, cette dernière doit leur apprendre ce que représente l’argent pour qu’ils puissent envisager une gestion responsable. Après m’être dit que quand on voit ce qu’on voit, qu’on entend ce qu’on entend, on a bien raison de penser ce qu’on pense ! Je me suis ressaisie, car je ne suis pas rétrograde, puis j’ai commencé à réfléchir plus avant à ce que je venais de découvrir, j’ai voulu comprendre. Je me suis donc lancée dans une recherche pour avoir davantage d’informations sur cette innovation. Pour faire une synthèse de ce que j’ai pu trouver, la banque à l’origine de cette idée, considère que les comportements sociaux tendent à faire disparaître l’emploi de l’argent sous forme de pièces ou de billets au profit de dépenses faites via des applications. Elle a donc travaillé, avec le concours des étudiants de l’EPFL, à la création de cette tirelire révolutionnaire qui, soit dit en passant, demeure encore fière de toute sa lignée d’aïeules, qu’elle a choisi de ne pas renier en revêtant l’apparence d’un cochon ! A quelques différences près… Notre cagnotte porcine version XXIe siècle interagit dès qu’on « la nourrit » et gratifie l’épargnant de quelques grognements satisfaits, et surtout elle communique, par wi-fi, s’il vous plaît, avec les parents et avec les enfants… Le gestionnaire en herbe peut ainsi suivre, en temps réel, l’évolution de son projet d’épargne en fixant éventuellement un objectif comme l’achat d’une console de jeux, il peut dans un même temps consulter son solde et gérer ses versements… Mais mieux encore, les bambins ont deux comptes, l’un privé, l’autre d’épargne et leurs parents peuvent déterminer le montant de l’argent de poche qu’ils y versent par virements en se référant par exemple aux services rendus comme mettre la table, débarrasser, sortir le chien… Et tout cela sans compter, c’est le cas de le dire, sur le taux de rémunération du compte d’épargne et la carte de débit dont les petits peuvent disposer pour des retraits, avec toutefois une limite journalière fixée par leurs parents, et sans solde négatif autorisé. Ouf !!! Tout cela m’a laissée perplexe, presque pantoise, comment vous raconter le plaisir que j’avais à mettre de temps en temps une pièce dans ma tirelire toute bête, on ne peut mieux la désigner, car c’était aussi un cochon. Je me rappelle encore de ces moments passés à compter les pièces pour voir si elles me permettaient enfin d’avoir l’objet que je convoitais… Il y avait toute cette période d’attente, ces rêves échafaudés, ces changements de plans, car une idée en remplace vite une autre… Puis le grand jour, celui où l’on peut enfin pousser la porte du marchand et poser toutes nos économies sur sa caisse avant de repartir fièrement comme si on avait remporté un trophée… C’est fini ce temps-là, ces  »chers » petits n’attendent plus, ils ne rêvent plus, ils savent exactement où ils en sont au centime près, leur tirelire leur annonce la position de leur compte et quand ils vont enfin acheter ce qu’ils souhaitent, c’est avec leur carte, peut-être même qu’ils consultent le CAC 40 pour s’assurer de la pérennité de leur investissement. On ne sait jamais vaut mieux s’assurer que le service après-vente de la marque pourra être assuré s’il y a un souci, une faillite et tout bascule ! Quoi qu’il en soit, cette invention doit réjouir tous les commerçants qui ont accueilli des générations d’enfants avec un air exaspéré face à la monnaie qu’ils devaient compter pour voir si le total de l’achat y était. Merci d’ailleurs à tous les autres, à tous ceux qui savaient reconnaître les mois d’effort qu’il avait fallu fournir pour enfin pousser la porte de leur boutique.

Je sais qu’il faut vivre avec son temps, mais c’est quand même triste, je persiste à penser que nous cherchons à fabriquer des adultes avant l’heure. Où sont les enfants ? Y’en a plus ! On a fini d’en faire depuis quelques années… Il y a quand même de quoi s’interroger et encore plus dans une période qui annonce les festivités de fin d’année avec des listes à rallonges et des élans qui s’avèrent encore plus consuméristes qu’à l’ordinaire. Tous ces produits ne font que favoriser l’économie des marques et des sociétés, mais ne laissent pas toujours le consommateur indemne. Si l’on cherche désormais à équiper les plus petits de cartes bancaires en leur confiant la gestion de comptes via une tirelire, il faudra attendre quelques années pour avoir le recul qui permette de juger des effets de ce nouvel objet numériquement branché. En attendant, il est une population particulièrement fragilisée par toutes les offres alléchantes que des marchands sans scrupule peuvent leur faire, c’est celle des dix-huit vingt-cinq ans. En effet, à l’heure des premiers pas dans la vie active au gré d’un petit travail d’appoint, d’un job d’étudiant ou encore d’une première embauche, ces jeunes adultes commencent à avoir quelques sous. Les mises en garde sont nombreuses, mais les tentations aussi, notre monde est fait d’images et de mirages… Le bonheur d’avoir dépasse largement celui d’être et le miroir aux alouettes peut parfois laisser penser à certains que pour être, il faut avoir. Vous voyez le problème? Il faut effectivement considérer que dans ce monde de consommation, le besoin d’avoir passe parfois avant celui des besoins essentiels à la vie et la machine s’enraye, le piège se referme et vous entraîne dans la spirale infernale de ce que l’on appelle le surendettement. Une réalité à laquelle nous confrontent inévitablement les statistiques et à laquelle il faut sensibiliser les élèves avant qu’ils quittent les bancs de l’école. Pour toutes ces raisons, à Ella-Maillart cette année, l’expérience de la prévention est renouvelée avec les ateliers mis en place par le centre social protestant qui sensibilisent les élèves et tentent de leur montrer comment déjouer les traquenards déguisés en bonnes affaires. Ces séances ont lieu entre le 11 et le 22 décembre et s’adressent à toutes les classes de troisième année. Accompagnées par le Réseau de l’école, elles permettent d’engager une réflexion raisonnée sur ce qu’est une gestion raisonnable. Dans un deuxième temps, début janvier, l’Office des Poursuites viendra aussi présenter les risques auxquels s’exposent les personnes en situation de surendettement. Le sujet paraît peut-être grave et mal choisi pour une période que l’on souhaiterait uniquement festive, mais il permet justement de souligner l’importance d’une bonne gestion et rappelle qu’une envie n’est pas un besoin ! C.B@Ella-Maillart#prévention#surendettement#réseau#troisièmeannée