Place des Cultures à Satigny !

Mardi 13 mars 2018
Classe de 8P de Mmes Anne Florin et Marie-Françoise Bischoff Gagnière
Ecole de Satigny-Mairie

Première « Place des Cultures » en campagne ! L’école de Satigny-Mairie domine le village, à mi-hauteur sur la route de Choully, bordée par le vignoble et des allées d’arbres. Les bâtiments sont spacieux, typiques de l’architecture des années 1970/80 s’intégrant au paysage avec leurs toitures inclinées, leurs parois crépies et la présence prépondérante du bois.
Ce sont des élèves vifs et curieux qui m’accueillent. Tout de suite, ils sont un peu surpris par le jeu des définitions: écrire ce que signifie pour eux la culture et citer un objet culturel leur appartenant. Le rapport ville/campagne est rapidement évoqué et mis en exergue, il guidera toute la matinée. Culture ou/et agriculture prennent une résonance particulière à Satigny.

Le souvenir d’expériences culturelles vécues au sein de la classe ou lors des années antérieures permet d’évoquer rapidement des sorties en ville (Victoria-Hall, Muséum, Vieille-Ville) et d’aborder avec la titulaire de classe la question du transport. Contre toute attente, ce n’est pas un problème, le RER conduit les classes en 10 minutes à la gare de Cornavin. Les réponses, toujours réservées à ce premier contact, laissent entendre que la sortie au théâtre ou au concert dans le cadre scolaire reste attachée à une étape du parcours académique plus qu’à une occupation sollicitant des notions de choix, de développement personnel ou de plaisir. A ce sujet, nous observons que revient toujours chez les élèves la crainte de répondre « faux » à une question. Cette matinée de partage tentera de réduire cette tendance récurrente pour lui substituer une plus libre expression.

L’environnement culturel de la classe, de l’école, de la commune est longuement observé en prenant comme moteur l’environnement direct de l’école. En effet, celle-ci est en cours d’agrandissement avec la modernisation de la salle polyvalente et l’ajout de salles. Nous évoquons ensemble la particularité du paysage local: les vignes, les maisons fortes, le temple, le village, les arbres et la nature environnante, enfin la Cave du Mandement, abandonnée et incendiée, toujours en quête de fonction. La notion de paysage l’emporte sur l’architecture ou la désignation de lieux historiques proches, tel le château de Choully, par exemple. L’aspect friche industrielle de la Cave du Mandement intéresse les élèves et les interpelle !

Satigny regarde vers la ville…

Au tableau noir, l’heure est maintenant à la réalisation de la « Place des Cultures ». Premier contact avec un tableau blanc ! L’aspect visuel prend une toute autre allure, plus technique, plus glacé.
A quoi sert une place ? Sa forme sera ici circulaire. La classe l’a voulu ainsi après un vote lié à différentes propositions. Son aménagement va réunir nombre d’équipements et d’institutions culturelles – restaurant, musée, théâtre, église, tous dessinés avec précision tels des monuments identifiables proche d’un langage iconique (temple à colonnes pour le musée) – mais au sein d’un environnement végétal et naturel sans précédent. Animaux, activités du type accro-branches, allées ombragées, agrémentent cette place loin des contraintes urbaines. Le sport y cherche sa place…Un drapeau suisse claque en son centre telle une marque d’identité incontestable !

Plus que les spécificités culturelles – la danse est absente alors que le sport est beaucoup évoqué, la filiation entre l’entrainement nécessaire pour la danse et celui indispensable au sport n’est pas flagrant pour les élèves -, c’est bien la réalité locale de Satigny qui fait office de culture, l’évocation d’un « terroir » est pour la première fois évoquée par les élèves.

Aux questions posées aux élèves sur la connaissance d’œuvres artistiques ou culturelles pour « habiter » cette place (librement choisies, d’hier et d’aujourd’hui), on retrouve un inventaire que le lecteur saura classer: Michel-Ange, Picasso, Toutankhamon La Joconde; Titanic, Star Wars et Louis de Funès; la Bible et Cherub (titre d’une série de livres de R. Muchamore, remplaçant progressivement la saga Harry Potter !); une mention spéciale pour le duo de chanteurs Evan et Marco.

Evan et Marco

Evan et Marco

Aucune mention en Théâtre, en Danse, en revanche une présence du Sport et des Nouvelles technologies avec des noms de sportifs-vedettes et d’applications ou de jeux. Fait curieux une abondance de références architecturales et citadines: la tour de Pise, Big Ben, la tour Eiffel, le Colisée, nécessitant la création d’un répertoire Architecture.

Ces résultats sont intéressants car ils révèlent – outre des références relevant de l’industrie culturelle commerciale – une population très attachée à la qualité de son cadre de vie, un environnement fragilisé par l’extension rapide de cette localité qui voit surgir de nouveaux quartiers. Un changement qui ne rapproche pas Satigny de la ville, mais fait de cette localité un centre de gravité plus prégnant pour la région. Le développement architectural de l’agglomération doit  influencer, même partiellement, les « objets » culturels cités. la question architecturale doit souvent être au centre des conversations, entre modernité et la commission des « monuments et sites ».

Place des Cultures Satigny-Mairie

Place des Cultures Satigny-Mairie

Enfin arrive l’invitée-mystère, ce jour-là, la danseuse, chorégraphe et directrice du théâtre Le Galpon: Nathalie Tachella. Les questions abondent sans que soit rapidement découvert l’ensemble de ses activités professionnelles. Si la danseuse et la chorégraphe sont démasquées, les activités de directrice d’un lieu culturel est sensiblement nouveau pour des élèves encore éloignés de toutes formes d’administration. D’une vocation née dans l’enfance où Nathalie Tachella souhaitait être maîtresse d’école au cirque Knie, elle raconte aussi la création du théâtre du Galpon. De l’occupation d’un bâtiment désaffecté qui servait à construire et réparer des réverbères au début du XXème siècle, au théâtre actuel imaginé et construit par ses concepteurs: Nathalie Tachella et Gabriel Alvarez. On évoque le désir d’un lieu mais aussi son financement, on apprend que l’on ne décide pas de tout seul mais souvent à plusieurs, on rêve de partager des moments d’exceptions avec des artistes mais encore de les rétribuer, on parle des publics curieux ou inquiets, de l’enthousiasme de la création et quelquefois de désillusions. Une intervention remarquable dans le sens où est évoqué un parcours professionnel riche, en évolution et en progression permanente. Oui la culture bouge et dans ce mouvement gravite autant de métiers !

le galpon en construction. Photo Jacques Magnol

Le Galpon en construction… Photo Jacques Magnol

Theatre Galpon. Geneve. Suisse

Theatre Galpon. Geneve. Suisse

Que retenir au terme de cette matinée ?

L’intérêt certain des élèves pour la culture, mais une culture écartelée entre une vision quelquefois traditionnelle – centrée sur ce qui les entoure, notamment la vigne – et une vision plus scolaire. La culture serait un savoir académique que l’on peut acquérir autant qu’un savoir transmis par la famille ou les origines. La culture s’associe donc à la tradition dans le cadre agreste de Satigny. La nature occupe dans ces lieux une place prépondérante, liée à des connaissances acquises  de façon empirique, au gré des expériences effectuées sur le terrain. Plus que de patrimoine, c’est bien de terroir qu’il faut parler, une culture presque innée.

Une synthèse exhaustive sera disponible au terme de cette enquête en juin 2018 > Place des Cultures, une expérience mémorable !
E&C EP / SDdB /