Elèves FO-18 ou « Gen Z », une épopée théâtrale

Tatiana Lista du théâtre de La Comédie et Salvatore Calcagno, metteur en scène, ont embarqué des élèves FO18 dans une épopée théâtrale tenant lieu de stage professionnelle. Après sa présentation sur la scène de La Comédie (voir article paru dans LT), la pièce a été jouée au Luxembourg. Et voilà les élèves, actrices et acteurs en herbe, partis en tournée. Tatiana Lista les a accompagnés et raconte :

L’aventure Gen Z – searching for beauty à Genève se termine comme elle a commencé : par un voyage. De Bruxelles à Genève. De Genève au Luxembourg avec au centre de la scène, 6 comédien-ne-s professionnel-le-s bruxellois-es, 1 caméraman et 9 adolescent-e-s genevois-es. 9 jeunes qui suivent les mesures FO18. Au départ il y a l’envie de faire le portrait de la génération Z, d’aller à la rencontre de ces jeunes et de leur offrir un espace où être et exister avec toute leur beauté et leur complexité. Après avoir recolté la matière première – interview et photographies – Salvatore Calcagno, Emilie Flamant et Pablo-Antoine Neufmars constituent un spectacle. Une première version est jouée à Bruxelles début 2018, avec un mélange de jeunes comédien-ne-s professionnel-le-s et de non-professionnel-le-s. La direction de la Comédie découvre le spectacle et propose à l’équipe artistique une re-création à Genève. On garde les mêmes comédien-ne-s professionnel-le-s et on crée la version genevoise avec des adolescent-e-s genevois. Au cœur des actions de la Comédie : la lutte contre le décrochage scolaire. « Tu veux rencontrer le décrochage du décrochage ? » me dit Stéphanie Aubert-Gillet, chargée de mission pour FO18, « alors propose ce projet aux jeunes de FO18 ». Avec Gen Z, FO18 s’est transformé en visages, prénoms, individualités, manquements d’un système encore trop rigide, mais surtout beaucoup de possibilités, d’envies et d’espoirs. Le challenge est de taille, pour le spectacle il s’agit de constituer un groupe. L’équipe artistique accepte le défi, suivant l’intuition que nous allons au bon endroit, là où le système scolaire est mis en échec, avec l’envie de proposer une véritable alternative : par la pratique artistique, (re)mobiliser des jeunes dans leur vie. Première tentative de rencontre : la rentrée FO18 au collège de Saussure. Une centaine d’élèves est présente dans l’aula, je présente le projet, celui-ci faisant partie des offres de stages du memento. Au retour dans le bus, une jeune fille qui ne m’a pas vu : « Elle est sérieuse la meuf ?! Elle croit qu’on va venir pendant nos vacances pour faire un stage ?! (Ben oui, je suis sérieuse, mais tu sais, tu n’as que 8 heures de cours par semaine et à ce moment, tu n’auras plus de cours du tout, alors la semaine de vacances de février…) Stéphanie prend le relai, fait le tour de toutes les classes, 3 élèves au final manifestent leur intérêt, nous en aimerions 10. Salvatore et Pablo-Antoine arrivent en renfort à Genève et pendant 2 jours, nous refaisons la tournée des classes et nous prenons les contacts. Une trentaine de noms est recoltée afin de participer à un atelier de 3 jours en décembre, le but de cet atelier étant de faire connaissance et savoir si l’on continue dans l’aventure avec un engagement ferme pour la suite. Sur les 30 ayant manifesté un intérêt : Maria, Rya, Ketia, Deria, Lenny, Diogo, Lucio, August arrivent. Et j’attrape au passage Yannis qui souhaite faire un stage téchniscéniste et à qui je propose de participer à l’atelier pour prendre connaissance du projet et de l’équipe. Ils sont 9 le premier lundi de l’atelier, ils resteront tous les 9 dans le projet. Yannis fait son stage, mais joue au plateau aussi. En janvier, une semaine d’atelier a lieu avec Salvatore et Pablo-Antoine qui sont rejoints par Emilie. Les premiers contacts avec le texte se font. Les jeunes apprennent leurs textes d’un soir pour le lendemain. Ils sont sur scène, face à un micro, se dévoilent, risquent, osent, jouent, sont sérieux, se déconcentrent, se font rattraper par leur quotidien, sont en retard, se révèlent, partagent leurs espoirs et désillusions. En février, le décor et les autres comédien-ne-s arrivent sur le plateau de la Comédie. Une semaine de répétition intense (la fameuse pendant les vacances) pour montrer un spectacle professionnel au public genevois. Un public métissé, avec une partie du public qui n’est encore jamais venue au théâtre, des jeunes, des vieilles, des vieux, des enseignant-e-s (beaucoup) transportés par l’énergie de cette jeunesse. « Ah Lucio, tu étais super dans le spectacle ! En classe tu es insupportable, mais là tu étais vraiment super ! » La Comédie ne désemplit pas pendant une semaine durant. Les rires dans les couloirs de cette vieille bâtisse non plus. Fin mars, une petite tournée au Luxembourg clôt le périple, le spectacle se joue un soir au Kinneksbond. « Voyage, hôtel, repas, on va rien payer ?! » « Non tu ne vas rien payer et tu vas être payé, car tu travailles-là ». « C’est incroyable ! » Oui, cette aventure a été incroyable et belle. Et si le théâtre ne prétend pas résoudre tous les problèmes du décrochage scolaire, il peut clairement y contribuer. On peut légitimement se poser la question : et après ? Qu’est-ce que ça va finalement changer pour ces jeunes ? Concrètement là tout de suite, je ne sais pas, nous gardons contact, Yannis va effectuer un stage en technique, les jeunes feront partie de notre campagne de communication la saison prochaine et surtout nous espérerons que cette expérience sera suffisamment forte pour les porter dans leurs vies. C’est fou, parce que je pensais rencontrer des jeunes qui auraient de la difficulté à être et se sentir légitimes sur scène et sous les feux des projecteurs. Et bien pas du tout, à partir du moment où nous leur avons donné la parole, ils ont brillé de mille feux. Ces mille feux qu’ils portent en eux à chaque instant mais sans toujours avoir la capacité de les faire briller totalement. L’école a clairement sa mission. Le théâtre aussi. Il parait cependant évident qu’ensemble ils ont un plus grand rôle à jouer. Surtout dans le cadre de FO18.

Alors, on recommence ?!

Et en photos