Répercussions sur la vie scolaire et conseils pédagogiques

Dernière mise à jour: 5 novembre 2014

Répercussions sur la vie scolaire

Dans la mesure où le bégaiement affecte le rythme de la parole et la communication, l’élève porteur de ce trouble rencontre des nombreuses difficultés dans le cadre scolaire, une part importante des activités pédagogiques étant basées sur des interactions orales : lecture à haute voix, prise de parole, exposés, examens oraux, etc.

L’élève est alors particulièrement sensible aux possibles moqueries de la part de ses pairs ou aux signes d’impatience et d’incompréhension de la part de l’enseignant. Par peur de bégayer, il cherche souvent à éviter de prendre la parole, à participer à une discussion en classe ou à répondre lorsqu’il est interrogé, cela même s’il connaît la réponse et qu’il maîtrise le sujet traité.

Les situations d’évaluations orales sont particulièrement angoissantes pour l’élève bègue, son trouble pouvant avoir un impact direct sur son évaluation.


Conseils pédagogiques

L’attitude de l’enseignant revêt une importance majeure pour soutenir et valoriser l’élève qui présente un bégaiement, tant pendant les cours que lors des évaluations orales.

L’élève qui bégaie a besoin d’être compris et accompagné, voire parfois protégé.

Or les enseignants sont souvent peu informés sur ce trouble complexe et ne savent pas toujours comment réagir de manière adéquate vis-à-vis de l’élève. Le bégaiement peut ainsi faire naître chez eux un sentiment de malaise et d’hésitation sur l’attitude à adopter face aux difficultés d’élocution au moment où elles se produisent.

Quelles attitudes adopter vis-à-vis de l’élève qui bégaie ?

  • S’entretenir avec l’élève par rapport à son trouble et déterminer avec lui comment l’aider au mieux : quand et comment l’interroger, comment s’ajuster à sa difficulté et à son anxiété, mettre ensemble au point les modalités et dispositions qui le pénaliseront le moins.
  • Se mettre en relation avec ses parents et le thérapeute de l’élève s’il est en traitement.
  • Adopter un débit calme lorsque l’on s’adresse à l’élève pour diminuer la pression exercée sur celui-ci, démontrer de l’intérêt pour ce qu’il dit en maintenant le contact visuel direct, avoir une expression et un comportement détendus et naturels.
  • Étudier avec lui la manière la plus appropriée pour en discuter avec la classe, par exemple en donnant la parole aux uns et aux autres à ce sujet, en proposant à l’élève concerné de préparer une présentation sur les causes et les manifestations du bégaiement, des thérapies et des techniques de contrôle existantes. Cela pourrait permettre à l’élève de rompre son éventuel isolement et l’aider à se construire une image de lui-même positive et confiante. Il peut également être pertinent d’inviter en classe un logopédiste pour venir parler du bégaiement.
  • Quand l’élève doit lire un texte à haute voix, l’aider en commençant à lire en même temps que lui et en diminuant progressivement cette aide au fur et à mesure que l’aisance revient.
  • Quand l’élève doit faire un exposé face à la classe, lui proposer des dispositions pratiques pour lui faciliter la tâche : utilisation de transparents, de photocopies, d’un plan d’exposé, écriture sur le tableau noir pendant qu’il parle, etc.
  • Être rigoureux face à l’attitude des autres élèves et faire cesser toute éventuelle moquerie relative à son bégaiement.
  • Encourager enfin l’élève à :
    • informer les enseignants de son bégaiement ;
    • ne pas hésiter à dire s’il se sent prêt ou non à participer en classe ;
    • faire une demande de temps supplémentaire pour les examens oraux ;
    • faire part des remarques blessantes ou moqueries dont il aurait pu faire l’objet.

Comment se comporter au moment des difficultés d’élocution ?

Les conseils pédagogiques indiqués ci-dessous ne peuvent être pertinents pour chaque élève concerné. Il est par conséquent essentiel que celui-ci puisse indiquer à l’enseignant quelle aide serait la plus appropriée dans sa situation. Chacun des conseils ci-dessous doit par conséquent être compris comme une proposition.

  • Éviter les trois attitudes suivantes :
    • L’appel (verbal ou non verbal) à la « volonté de maîtriser le bégaiement » : cette attitude n’est pas opportune dans la mesure où elle amène l’élève à augmenter les efforts qu’il fait pour lutter contre les bégayages, ce qui paradoxalement a pour conséquence d’aggraver le bégaiement.
    • L’attitude des suggestions telles : « Détends-toi – Parle moins vite… » ou « Prenez votre temps – Respirez – Préparez vos phrases… « . Cette attitude brise la situation de communication : penser au détail d’exécution de la parole fait perdre de vue la finalité de l’échange.
    • L’attitude de « fausse indifférence » qui consiste à faire comme si de rien n’était, ce qui totalise les inconvénients des deux précédentes.
  • Adopter l’attitude d’un interlocuteur actif et attentif qui consiste à :
    • s’intéresser avant tout à ce que l’élève veut dire ;
    • l’écouter en maintenant un contact visuel naturel ;
    • éviter de le presser de parler ou de passer trop vite à un autre élève ;
    • ne pas hésiter à proposer interrogativement un mot pour le mot qui accroche ou une fin pour sa phrase en panne, cela non pas pour parler à sa place, mais pour relancer l’échange. Ce conseil n’est cependant pas adapté à toutes les situations. La fluidité de parole sera au contraire facilitée pour certains élèves lorsque l’enseignant s’abstient de l’interrompre, de terminer ses phrases ou de dire à sa place le mot qu’il recherche. Seule la discussion avec l’élève concerné permet de mieux répondre à ses besoins.

Le bégaiement lors d’un examen oral

L’élève qui bégaye ne s’attend pas à bénéficier de compassion de la part des examinateurs ni à plus d’indulgence qu’un autre candidat. Toute situation d’examen oral entraîne cependant un surcroît d’anxiété et de stress chez tous les élèves. Ce stress est d’autant plus difficile à affronter pour un élève qui bégaie.

Ce qui importe pour lui, c’est que même s’il le redoute, l’examinateur soit informé de sa difficulté et que son trouble soit reconnu.

Au moment où l’élève est aux prises avec les accidents de sa parole, les conseils donnés plus haut sont également valables lors d’un examen oral.

Lorsque, pendant l’examen, l’élève doit lire un texte ou un passage à haute voix et que cette lecture s’avère difficile, l’examinateur pourra l’aider au démarrage ou dans les passages où il achoppe davantage, en lisant en même temps que lui, en sourdine. Sans doute un tel procédé est-il plus difficile à mettre en œuvre dans le cadre d’une évaluation, cette aide peut cependant atténuer, voire faire disparaître, le bégaiement.

Afin de permettre à l’élève de prendre son temps, parce qu’une parole souple et un débit lent permettent le maintien de la fluidité, et afin d’éviter d’ajouter une pression temporelle trop importante, l’élève peut être autorisé à bénéficier de temps supplémentaire.

Il est en outre conseillé de placer l’heure de passage de telle façon à faciliter l’expression de l’élève : par exemple en le plaçant en fin de liste pour que l’enseignant ne soit pas pressé par le temps et que l’élève ne soit pas dérangé par la présence simultanée d’un camarade préparant sa question. Il peut au contraire être judicieux de placer l’élève en début de liste pour éviter que lors de l’attente il ne soit perturbé par le stress communiqué par ses camarades .