LE THEATRE AU XVIIème SIECLE

Les troupes

Sur les 400'000 habitants que compte Paris à la mort de Mazarin, il y en a peu qui soient capables de goûter à une oeuvre littéraire.

Les troupes jouent d’ordinaire trois fois par semaine, le vendredi, le dimanche et le mardi.

Le spectacle devrait commencer à trois heures, mais le retard est souvent considérable.

Une pièce nouvelle est alors à Paris un événement considérable et d’importance.

On ne représente pas plus de cinq à six tragédies dans l’année, et aucune d’elles ne tient l’affiche bien longtemps.

« Dix à quinze représentations marquent un succès modéré mais indiscutable »[1], au-delà de trente c’est un triomphe.

Mais les troupes se déplacent et vont offrir aux invités d’une grande maison le divertissement d’une pièce en vogue. Ces « visites » sont largement rémunérées.

Chaque troupe ne comprend qu’une quinzaine de comédiens. Si la pièce compte un nombre supérieur de personnages, on peut confier les utilités[2] à des employés du théâtre ou faire jouer par un même acteur des rôles successifs.

On peut dénombrer:

1. La troupe de l’Hôtel de Bourgogne, qui est la « troupe royale », protégée et pensionnée par le roi. Ceux qui la composent sont appelés « les grands comédiens ». La salle où ils jouent est aménagée au siècle précédent sur l’emplacement de l’hôtel que les ducs de Bourgogne possédaient à Paris. Les « grands comédiens » jouaient essentiellement des tragédies.

2. La troupe du Marais vit sur les grands souvenirs des succès obtenus dans le passé (elle a créé le Cid). En 1661, elle attire encore un bon public à la création de La toison d’or de Corneille, dans la salle de la rue Vieille du Temple, reconstruite après l’incendie de 1644. Mais ce succès est sans lendemain. La troupe est médiocre. Le Marais ferme ses portes en 1673.

3. La troupe de Molière, après avoir couru pendant 12 ans la province, s’installe à Paris en 1658. Elle prend le nom de « troupe de Monsieur », en raison de la protection que lui accordent Philippe d’Orléans[3] et Henriette d’Angleterre[4]. Ses spectacles alternent d’abord avec ceux des Comédiens Italiens dans une magnifique salle du Louvre, la salle du Petit Bourbon. À la fin de 1660, la salle est fermée pour raisons de travaux. Molière se transporte au Palais Royal où résident ses protecteurs. Le 5 août 1665, alors que la « cabale des dévots » vient d’obtenir l’interdiction du premier Tartuffe, Louis XIV décide que la « troupe de Monsieur » s’appellera désormais « troupe du roi »: ainsi lui marque-t-il sa faveur. Molière peut aussi compter sur la faveur du public: la supériorité de sa troupe dans le comique est reconnue de tous. 

À sa mort (1673), ceux de ses comédiens qui n’émigrent pas à l’Hôtel de Bourgogne accueillent parmi eux les camarades du Marais qui n’ont plus de théâtre. Comme le roi a repris, pour la donner à Lulli, la salle du Palais-Royal, ils s’installent tous ensemble au jeu de paume. La troupe ainsi formée demeure officiellement « troupe du roi », mais on l’appelle communément « troupe Guénégaud ». Elle est seule maintenant avec celle de l’Hôtel de Bourgogne à jouer la comédie et la tragédie.

En 1680, le roi, dont la politique de centralisation et d’unité touche tous les domaines, ordonne la fusion de ces deux dernières compagnies et fonde la Comédie-Française qui jouera au théâtre Guénégaud. Les Italiens passent à l’Hôtel de Bourgogne.

 

Organisation matérielle

 Les salles dont disposait Molière (Louvre et Palais-Royal) étaient vastes et riches.

Celle dont se contentent les « grands comédiens » et ceux du Marais sont incommodes, anciennes et imparfaitement rajeunies.

  • La salle est rectangulaire, des deux côtés sont dressés deux étages de loges. L’espace central (parterre) était plat, sans aucune élévation ni siège.
  • Les spectateurs des loges voient la scène imparfaitement et de côté. Ils affectent de mépriser le parterre. Ceux du parterre restent debout et n’aperçoivent les acteurs qu’entre les têtes des spectateurs placés devant eux.
  • L’acoustique est médiocre, les spectateurs sont bruyants, surtout ceux du parterre.
  • Le plateau est profond mais très étroit, et en plus encombré de spectateurs.
  • Les acteurs pour être vus et entendus, doivent jouer sur le devant du théâtre. 
  • Les lampes à huile et les chandelles enfument la salle et l’éclairent fort mal.
  • Quels que soient les lieux et le temps où se situe l’action, le décor peint sur la toile de fond représente des palais modernes.
  • Les costumes, parfois somptueux, ne diffèrent guère de ceux des spectateurs.
  • On n’utilise de rideau que pour dévoiler la scène au commencement de la représentation, la scène demeure donc visible pendant toute la durée de la pièce. Le fait que le plateau n’était pas caché à l’entracte a beaucoup contribué à imposer l’unité de lieu dont Aristote ne parlait pas.
  • Le prix du spectacle est très élevé, pour les grands spectacles il est doublé. Ceci entraîne une sélection du public: ceux qui peuvent se permettre d’assister aux représentations sont surtout des bourgeois cultivés, des critiques, des gazetiers, des poètes, des étudiants, des doctes, des honnêtes gens.
  • Les gains des comédiens sont assez corrects: une part d’acteur correspond à un peu plus d’un vingtième de la recette. Tous n’ont pas droit à une part entière.


[1]Raymond Picard, qui a étudié l’époque et éclairé tous ces problèmes

[2]rôles très secondaires

[3]frère du roi

[4]épouse de Philippe d’Orléans

Les genres théâtraux

 

La notion de genre, fondée sur la détermination de critères formels précis, est une notion essentiellement classique.

Ainsi n’a-t-elle aucune signification durant les périodes marquées par l’éclatement théâtral (Moyen Age, XVIe et XVIIe siècles espagnols et anglais ; deuxième partie du XIXe ; Xxe siècle). Il convient alors de retenir plutôt le contenu (théâtre de cape et d’épée ; théâtre symboliste, , réaliste, existentialiste, de l’absurde, etc.).

Elle ne peut donc s’appliquer que pour les époques caractérisées par un équilibre d’écriture (les théâtres grec et latin ; les XVIe et XVIIe siècles italiens et français ; le XVIIIe siècle et, à la rigueur, le romantisme français, encore très dépendant des valeurs classiques).

Cinq grandes catégories permettent de déterminer les genres :

  1. l’origine sociale des personnages,
  2. la possibilité qu’ils ont d’exercer leur libre arbitre (rôle de la fatalité, du hasard, etc.),
  3. le ton général de la pièce,
  4. le ton du dénouement,
  5. les sentiments des spectateurs sollicités.

 

TABLEAU DES GENRES

 

Genres

Origine des personnages

Exercice du libre arbitre

Ton de la pièce

Ton du dénouement

Sentiments des spectateurs

Tragédie

nobles (avec rôle politique)

force de la fatalité

tragique

tragique

Pitié et admiration

Tragi-comédie

nobles (sans rôle politique) ; bourgeois

Expression de la liberté ; hasard

tragique

heureux

sympathie

Drame romantique

nobles (avec rôle politique) ; bourgeois ;peuple

fatalité

mélangé

souvent tragique

admiration et haine

Drame bourgeois

bourgeois ; parfois nobles (sans rôle politique)

détermination sociale

mélangé

souvent heureux

sympathie et haine

Comédie d’idées

bourgeois parfois nobles (sans rôle politique)

variable

souvent tendu

heureux

intérêt

Comédie de mœurs

bourgeois ; parfois nobles (sans rôle politique)

emprise de la société

gai ; parfois tendu

heureux

intérêt : moquerie envers le ridicule

Comédie de caractère

bourgeois ; parfois nobles (sans rôle politique)

emprise du caractère

gai ; parfois tendu

heureux

intérêt : moquerie envers le ridicule

Comédie d’intrigue

bourgeois ; parfois nobles (sans rôle politique)

obstacles humains facilement surmontables

enlevé

heureux

curiosité ; sympathie

Farce

peuple

obstacles insignifiants

comique

heureux

gros rire

Modifié le: mardi 20 août 2019, 15:37