COURS n°1 - L'analyse de l'énoncé
Ce cours est adapté de la brochure pédagogique intitulée "APPRENTISSAGE DE LA DISSERTATION brochure-élève séquence no 1 : analyse de l’énoncé" élaborée par Sylviane Dupuis, Daniel Grossen et Michel Rychner.

Exercice 6 - analyser les mots-clés
Exemple
L'énoncé :
« Donne à ton esprit l'habitude du doute et à ton cœur celle de la tolérance. »
(G.-Chr. Lichtenberg)
Quel sens donné au mot "doute" ?
Voici quelques définitions du mot « doute », extraites d'un dictionnaire :
1) "État de l'esprit qui est hésitant, indécis, qui est incertain de la réalité d'un fait, de la vérité de paroles ou de la conduite à adopter dans une circonstance.
Ex. : Être dans le doute quant à ses capacités, quant à sa réussite, quant à son avenir."
2) Attitude
philosophique qui consiste à ne rien croire sur parole, à ne rien
accepter pour vrai qui ne puisse être prouvé par l'examen critique de la
raison.
Ex. : Les grands philosophes des Temps Modernes ont considéré le doute comme une opération fondamentale de la réflexion. « Le grand principe expérimental est donc le doute, le doute philosophique qui laisse à l'esprit sa liberté et son initiative.» (Cl. Bernard).
3) Attitude de celui qui n'a pas d'opinion sur l'existence ou la non-existence de Dieu ; ou de celui dont la foi chancelle.
Ex. : Il peut arriver à tout croyant d'être pris passagèrement par le doute.
Laquelle de ces définitions convient-elle au sens du mot « doute » dans le contexte de l’énoncé ?
La définition n° 3 semble trop circonscrite, dans la mesure où elle ne concerne que le domaine de la religion, alors que le jugement qui nous concerne possède manifestement une portée plus générale.
Pour rappel :
Lichtenberg, écrivain du XVIIIe siècle, établit visiblement une relation antithétique (ou un rapport de complémentarité) entre le mot « doute » (lié ici à l'intellect) et le mot « tolérance » (lié ici aux sentiments) ; or, si la tolérance représente la bonté, l'acceptation et l'ouverture, le doute, dans ce cas, semble logiquement évoquer une attitude de méfiance intellectuelle, de perplexité philosophique propres à l'exercice rigoureux de l'esprit critique.
La définition n° 2 paraît donc bien plus appropriée à notre contexte que la définition n° 1, qui attribue au mot « doute » le sens (négatif) d'hésitation, d'incertitude, voire de manque de confiance en soi.
Quel sens doit-on donner ici au mot « cœur » ?
Voici quelques définitions du mot « cœur », extraites d'un dictionnaire :
1) "Chez l'homme, viscère musculaire conique situé entre les deux poumons."
Ex. : Dilatation du cœur.
2) "Bonté, sentiments altruistes."
Ex. : Avoir un cœur d'or. Avoir le cœur sur la main.
3) "La partie centrale de quelque chose."
Ex. : Le cœur d'une laitue, d'un fruit.
4) "Le siège de l'affectivité (sentiments, passions)."
Ex. : Les sentiments que le cœur éprouve, ressent. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. » (Bl. Pascal).
Laquelle de ces définitions convient-elle au sens du mot « cœur » dans le contexte de l’énoncé ?
Les définitions n° 1 et n° 3 donnent une signification concrète du mot « cœur » qui n'est pas recevable : dans notre cas, en effet, il ne s'agit manifestement pas de l'organe physique ni de « la partie centrale de quelque chose ».
Dans l’énoncé, les mots « cœur » et « esprit » constituent visiblement un couple d’opposés (ou d'éléments complémentaires) ; or, l'esprit est traditionnellement considéré comme le siège de l'intellect, et le cœur comme celui de l'affectivité : la définition n° 4 semble donc tout à fait appropriée.
- Enfin, la définition n° 2, plausible à première vue, s'avère irrecevable une fois le mot remis dans son contexte : on ne peut, en effet, recommander à autrui − à moins de commettre une surprenante tautologie − de donner à sa bonté (c'est-à-dire en quelque sorte à sa tolérance), l'habitude d'être tolérante !