COURS n°1 - L'analyse de l'énoncé
Ce cours est adapté de la brochure pédagogique intitulée "APPRENTISSAGE DE LA DISSERTATION brochure-élève séquence no 1 : analyse de l’énoncé" élaborée par Sylviane Dupuis, Daniel Grossen et Michel Rychner.

Théorie - Les types d'énoncés possibles
énoncés à controverse
Certains énoncés formulent de façon plus ou moins explicite les termes du dilemme (ou de la controverse) qui constituera le problème à traiter.
Soit l’énoncé formule explicitement un problème sous forme d’alternative ou de dilemme :
exemple :
"Pour Pascal, l’imagination est une « maîtresse d’erreur et de fausseté » ; pour le poète Baudelaire, elle est au contraire la « reine des facultés ».
Confrontez et discutez ces deux points de vue divergents.
formulation du problème : L’imagination est-elle la plus noble des facultés humaines, ou au contraire une faculté trompeuse qui ne cesse de nous induire en erreur ?
Soit l’énoncé formule de manière tronquée un dilemme dont il ne mentionne explicitement que le premier terme :
exemple :
« Faut-il considérer la publicité comme un art ? »
formulation du problème : La publicité est-elle un art ou non ?
Soit le problème se présente sous la forme d’un paradoxe (dont la doxa pourra figurer explicitement dans l’énoncé, ou être implicite) :
exemple :
« Nous ne sommes pas nés pour être heureux, mais pour être des hommes à nos risques et périls. »
(P. Bersot)
formulation du problème : Sommes-nous nés pour être heureux (doxa explicite), ou plutôt avant tout pour être des hommes, quoiqu’il puisse nous en coûter ?
exemple :
« Le superflu est le premier des besoins. »
(G. Flaubert)
formulation du problème : Le superflu est-il inutile (doxa implicite) ou au contraire, peut-on y voir un besoin et même, comme l’affirme Flaubert non sans provocation, le premier des besoins ?
énoncés sans controverse apparente
Ces énoncés se présentent comme des assertions (ou affirmations péremptoires) qu’il faudra mettre en question pour aboutir à la formulation du dilemme, dans le cadre d’une démarche dialogique. Dans ce cas, l’énoncé apporte une réponse à une question controversée implicite qu’il s’agit de rendre explicite au moyen d’un contre-énoncé, si celui-ci est envisageable.
Les assertions qui s’avèreront difficilement contestables (le contre-énoncé n’étant pas recevable) conduiront à adopter une démarche herméneutique.
exemple :
« Tout est bon sortant des mains de l’Auteur des choses ; tout dégénère entre les mains des hommes. »
(J.-J. Rousseau)
reformulation du propos : Selon Rousseau, le monde créé par Dieu est bon ; c’est l’homme qui dégrade la nature, et y introduit le mal.
contre-énoncé : Le mal est là dès l’origine, il est déjà présent dans la nature créée par Dieu.
formulation du problème (démarche dialogique) : Tout le mal est-il dû aux hommes, ou le mal vient-il de Dieu et est-il déjà pré- sent dans la nature à l’origine ?
exemple :
«Il nous plaît de chercher en autrui ce qu’il nous déplaît de trouver en nous. »
(P. Chaponnière)
reformulation du propos : Selon Chaponnière, nous aimons rechercher chez les autres les défauts que nous ne supportons pas de trouver en nous-mêmes.
contre-énoncé : Nous n’aimons pas trouver en autrui les défauts que nous découvrons en nous-mêmes. Ce contre-énoncé paraît difficilement défendable.
formulation du problème (démarche herméneutique) : Pourquoi aimons-nous rechercher chez les autres les défauts que nous ne supportons pas de trouver en nous-mêmes ?
Remarques
Dans le cas de la dissertation littéraire,
à moins qu’il ne soit explicitement demandé de discuter l’énoncé
proposé, le problème consistera le plus souvent à se demander en quoi
l’œuvre sur laquelle porte le jugement contenu dans l’énoncé vérifie ce
jugement.exemple :
« Le beau est toujours bizarre. »
(Ch. Baudelaire)
Montrez ce qui, dans les Fleurs du Mal de Baudelaire, pourrait servir d’illustration à ce jugement.
Formulation du problème (démarche herméneutique) : Quelles composantes des Fleurs du Mal illustrent-elles l’esthétique du bizarre préconisée par Baudelaire ?
Remarques générales
Selon la nature et la complexité de l’énoncé, on pourra soit faire l’économie de telle ou telle étape de l’analyse, soit ne pas adopter forcément l’ordre de succession proposé. L’essentiel est de tenir compte, dans tous les cas, de tous les éléments de l’énoncé susceptibles de permettre sa parfaite compréhension et de mener à la formulation du problème à traiter.Cette première étape du travail que constitue l’analyse de l’énoncé est primordiale et absolument déterminante pour la suite des opérations (recherche des idées, élaboration du plan, rédaction de l’introduction).