Esprit critique et médias (50 minutes à 3 heures)
| Site: | Plate-forme d'apprentissage |
| Cours: | Exposition Esprit Critique |
| Livre: | Esprit critique et médias (50 minutes à 3 heures) |
| Imprimé par: | Visiteur anonyme |
| Date: | samedi 17 octobre 2026, 08:57 |
1. Qu'est-ce qu'une information?
Une "information" est un message qui, selon le kit du décodex du Monde, doit répondre à ces 3 critères:
1) Elle doit avoir un intérêt pour le public.
2) Elle doit être appuyée sur un fait (sinon, ce n'est pas une information mais un avis)
3) Elle doit être vérifiée, et vérifiable par ceux qui vous écoutent (sinon, ce n'est pas une information mais une rumeur
2. Les sources
(extrait du kit du decodex du Monde)
Par « source », on entend tout simplement l’origine de l’information. C’est une notion importante puisqu’elle apporte de précieux éléments de réponse à la question de savoir si un article est fiable.
Dans un article, une source peut être plus ou moins directe et plus ou moins clairement mentionnée. On peut distinguer deux types de sources : les sources primaires et les sources secondaires.
Parfois, les journalistes donnent la parole à des personnes sous couvert d’anonymat, pour les protéger. Certains y ont recours plus régulièrement que d’autres, que ce soit dans le domaine de l’investigation ou dans celui du politique.
Les journalistes essaient de multiplier les sources, en faisant en sorte qu’elles soient le plus directes possibles, pour vérifier les informations. Il est important de le faire car plusieurs sources, même primaires, peuvent donner des éléments contradictoires et des précisions sur un même événement. Elles y ont d’ailleurs parfois intérêt : demandez à quelqu’un s’il est coupable, il le reconnaîtra rarement... On peut donc accorder d’autant plus d’importance à une information si elle vient de sources variées et identifiées.
Facebook, Twitter, Snapchat, Reddit ou YouTube ne sont pas des sources d’informations en soi. Les publications qu'on y trouve peuvent aussi bien venir de sources réputées sérieuses que d’internautes mal intentionnés. Voici 10 conseils pour mettre en perspective les informations auxquelles vous êtes confrontés sur les réseaux sociaux :
1) Identifiez l'auteur et la date du message, de la vidéo, de l'image (on pourrait prendre parfois pour une nouveauté une information datant de plusieurs mois)
2) Méfiez-vous: une photo ou une vidéo n'est jamais une preuve en soi.
3) Vous ne devriez pas croire une information non vérifiable.
4) Au contraire, vous pouvez raisonnablement croire à une information qui est donnée par plusieurs médias fiables citant plusieurs sources.
4) Remontez à la source de l'information (si on cite un article, lisez-le!)
5) Méfiez-vous des messages chocs.
6) Une information partagée n'est pas nécessairement vraie!
2.1. Remonter à la source (20 minutes)
Dans cette vidéo, Hygienne Mentale nous montre de manière concrète comment il "remonte à la source":
Évidemment, c'est un travail titanesque et il n'est pas possible de toujours remonter à la source. Alors, rappelons cet adage si précieux : "Des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires."
Appliqué à l'information, plus une information est extraordinaire, plus elle doit être soutenue sérieusement par des sources (plus nombreuses, plus fiables, mieux vérifiées, mieux croisées, etc.).
Plus une information est extraordinaire, plus il est justifié de chercher à remonter à la source.
Et plus il est important de réfléchir avant de partager! Ce qui n'est pas facile car une "information extraordinaire" provoque des émotions fortes qu'on a envie de partager rapidement!
2.2. Exemple simple
On doit pouvoir demander à une personne qui délivre une information quelle est sa source. C'est important car en re-contextualisant l'information, elle peut parfois prendre un nouveau sens, comme dans cet exemple:
Un militant a diffusé sur les réseaux sociaux un message qui affirme qu’Alain Juppé a dit la phrase suivante : « J’avais fait construire la plus grande mosquée d’Europe. »
En tronquant un peu moins la phrase, on a "On a commencé par dire que j'avais fait construire la plus grande mosquée d'Europe".
(Vous pouvez écouter un extrait de l'interview ci-dessous)
3. Les bulles de filtre (10 minutes)
Le biais de confirmation nous incite à ne retenir les informations qui vont dans notre sens et à ignorer ou réinterpréter les autres. Quand, en plus, les moteurs de recherche s'en mêlent pour nous enfermer dans des "bulles de filtre", ça devient encore plus difficile d'avoir une information neutre et susceptible de nous faire changer d'avis.
Notons bien que nous ne sommes pas seuls responsables du phénomène. Les algorithmes de youtube, par exemple, visent à nous faire rester sur leur plateforme en nous proposant des contenus qu'on aime... et donc en nous enfermant dans des idéologies de plus en plus extrêmes. Vlanx, dans cette vidéo, se demande se l'enfermement dans des bulles de filtre n'est pas bien pire que l'utilisation de nos données pour des raisons marketing.
Je vous propose de retenir deux choses:
- l'une, sur la démarche générale, selon la formule de Defakator: "Je cherche ce que je sais déjà? Autant faire du ouija!"
- la seconde, très pratique: faites vos recherches sur qwant ou duckduckgo (ou autre moteur "neutre"). Idéalement, faites de l'un d'eux votre moteur de recherche par défaut. Soyez aussi attentifs à la neutralité des mots clés que vous entrez.
Mise à jour (décembre 2023)
Une vidéo de Kurzgesagt de décembre 2023 apporte un nouvel éclairage sur les "bulles de filtre". La recherche récente ne confirmerait pas le mécanisme d'enfermement dans des bulles très polarisées. Au contraire, on serait "trop" confrontés à des opinions diverses, ce à quoi notre cerveau n'est pas préparé.
- la vidéo:
- les sources: https://sites.google.com/view/sources-why-we-hate-each-other/
4. Biais de négativité des médias (5 minutes)
Dans cette chronique diffusée en octobre 2018 sur France Inter, PIerre Haski remarque que notre perception du monde est faussée et que le monde va mieux que nous nous l'imaginons. Une des explications repose sur les medias qui communiquent essentiellement de mauvaises nouvelles.
C'est humain... c'est un "biais de négativité", qui est expliqué ici:
5. Théories du complot (15 minutes)
Qu'est-ce qu'une théorie du complot?
Une théorie du complot est une explication d’un « événement » comme étant le résultat :
- d’un groupe occulte
- agissant dans le secret
- avec des intentions néfastes
- allant à l’encontre d’une théorie officielle
Voici une présentation en 5 minutes:
Qu'est-ce qu'être complotiste?
Être "complotiste" ou "conspirationniste", ce n'est pas seulement croire qu'il y a des complots (car bien sûr, il y en a eu et il y en a probablement encore), mais c'est penser que la plupart des grands événements de l'histoire (passée et contemporaine) s'explique par des complots.
N'hésitez pas à voir la vidéo de Tzitzimitl pour un décryptage de "l'idéologie" complotiste.
Quelles sont les théories du complot les plus répandues?
Voici une présentation de 10 des plus célèbres théories du complot. Vous y trouverez également les arguments des conspirationnistes (ceux qui croient en ces théories du complot).
Vous remarquerez qu'on retrouve souvent les éléments suivants:
- l'usage du "mille feuille argumentatif" (plein d'arguments, pas forcément cohérents, mais qui laissent penser que tous ne peuvent pas être faux),
- une opposition systématique à la "version officielle",
- le biais d'intention: ceux qui profitent du "fait" (la Reine d'Angleterre, les dirigeants, la Nasa, etc.) doivent en être les commanditaires,
- le biais de narration: un événement important ne pourrait être expliqué que par de grandes causes, pas par le hasard (et pourtant, "le hasard est probable", les élèves l'auront expérimenté lors de l'atelier de zététique!).
6. Médias et esprit critique
Il y a tant à faire en terme d'esprit critique et de médias qu'on réduit parfois "l'esprit critique" à l'analyse critique de l'information.
Il me paraissait plus intéressant de proposer l'analyse des médias comme un sujet d'application de principes et outils plus généraux. Cependant, c'est probablement l'aspect que vous souhaiterez le plus traiter avec vos élèves. Il resterait beaucoup, beaucoup à dire, et c'est hors de mon domaine de compétence... Mais je vous propose quand même dans les pages qui suivent quelques conférences/vidéos/articles pour aller plus loin...
6.1. (facultatif) "Debunking" d'une théorie du complot
Pour "débunker" une théorie du complot, il faut passer les arguments des complotistes un à un et voir s'ils sont contestables. C'est un exercice difficile car une des caractéristique des preuves complotistes, c'est de reposer sur BEAUCOUP de preuves. Ce principe du "millefeuille argumentatif" donne l'illusion qu'avec tous ces arguments, il y a forcément un fond de vérité...
Ici, les décodeurs du monde débunkent la théorie du complot selon laquelle l'homme n'aurait jamais marché sur la Lune:
Pour ceux qui le souhaitent, la deuxième vidéo (annoncée dans la précédente) est ci-dessous. En résumé, elle montre qu'il n'y a pas de "profil type" des complotistes. Croire dans les théories du complot n'est pas un signe de bêtise!
6.2. (facultatif) Les théories du complot par Gerald Bronner
Les théories du complot - Gérald Bronner - Conférence du CEFIR - 3 mai 2017. Environ 1 heure.
6.3. (facultatif) complotsime VS complots
6.4. (facultatif) Fake news
A propos de la désinformation, vous pouvez visionner cette vidéo:
Vous y découvrirez quelques méthodes pratiques pour "remonter l'information" (recherche sur google et google image).
Quelques sites qui ne vérifient pas l'information qu'ils relaient (ils relaient beaucoup l'information entre eux pouvant donner l'illusion d'informations multi-sourcées!)
6.5. (facultatif) Jeu de la RTS sur les fake news
Réussirez-vous ce jeu proposé par la RTS?
Cliquez ici si le jeu ne s'affiche pas ci-dessous.
6.6. (facultatif) Junk news
Le biais de négativité est exploré dans un dossier de la RTS
Et si les médias publiaient davantage de bonnes nouvelles?.
Dans "You are what you read", Jodie Jackson va jusqu'à comparer notre boulimie d'informations négatives à de la mal-bouffe.
6.7. (facultatif) S'entrainer avec Pix
Pix est le service public français. Il vous propose des jeux et défis en ligne pour évaluer, développer et certifier ses compétences numériques.
Intéressant pour les adultes comme pour nos élèves.