Quelques bons réflexes (40 minutes)

Site: Plate-forme d'apprentissage
Cours: Exposition Esprit Critique
Livre: Quelques bons réflexes (40 minutes)
Imprimé par: Visiteur anonyme
Date: samedi 17 octobre 2026, 08:57

1. Introduction

Voyons à présent quelques réflexes qui nous éviteront de tomber dans certains pièges.

2. Des preuves? Quoi, qui, comment?

Qu'est-ce qu'une preuve?

Une preuve est un fait ou un raisonnement permettant d'établir une vérité. Dans la pratique, à part en maths, on a rarement à faire strictement à des preuves (les maths, y a que ça de vrai!). En général, les preuves invoquées sont, de la moins fiable à la plus fiable:
- une rumeur
- la sagesse populaire
- un témoignage
- un avis d'expert du domaine (c'est un argument d'autorité, mais ca reste en général plus fiable que le témoignage ou l'avis du quidam)
- une étude scientifique
- une méta-étude
- un consensus scientifique

Vous remarquerez notamment que le témoignage est une preuve très pauvre. Vous pourriez vous en étonner: si un ami me dit avoir VU quelque chose, n'est-ce pas une preuve remarquable que cette chose existe? Mais vous êtes conscients des illusions dont nous pouvons être victimes. Des expériences ont même montré qu'on peut induire de faux souvenirs (et donc de faux témoignages), presque à volonté...

Quel niveau de preuve?

Quel niveau de preuve doit-on exiger? Doit-on exiger un consensus scientifique pour se persuader de quoique ce soit? Cela paraitrait à la fois compliqué et absurde.

Si un ami me dit qu'il a un vélo dans son garage, j'accepterais cette affirmation sur son simple témoignage.

S'il me dit qu'il a une Ferrari, je demanderais peut-être à la voir pour y croire. Si c'est une bombe nucléaire qu'il prétend cacher, ou un extra-terrestre, on se rend bien compte qu'on exigera des preuves de plus en plus fortes.

On pourra retenir que:

Une affirmation extraordinaire nécessite une preuve plus qu’ordinaire*

Ce réflexe, qui parait simple et évident, permet pourtant d'éviter beaucoup d'erreurs.

* On attribue parfois cette maxime à David Hume qui a écrit effectivement quelque chose de proche, en 1748:  "Aucun  témoignage  n'est  suffisant  pour  établir un miracle à moins que le témoignage soit d'un genre tel que sa fausseté serait plus miraculeuse que le fait qu'il veut établir."

Une accumulation de preuves

On devrait se méfier des idées que nous nous faisons par une accumulation de preuves. Si la "preuve" ne nous parait intéressante que parce qu'elle est prise dans un certain contexte.Chaque preuve devrait être étudiée indépendamment. Par exemple, avoir 10 témoignages ne rend pas chaque témoignage plus fiable.

On pourra retenir que:

Une multitude d'arguments médiocres ne constitue pas un bon argument.

La charge de la preuve

Dans un débat, qui doit prouver ce qu'il dit? En général, on peut demander une preuve de toute affirmation ("Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve").

Si on vous dit que la Terre est plate, vous êtes en droit d'exiger une preuve. Et comme cette théorie va à l'encontre d'un consensus scientifique de plusieurs milliers d'années, la preuve devra être redoutablement convaincante sourire Si, à votre tour, vous affirmez que la Terre est ronde, ou simplement qu'elle n'est pas plate, vous devrez le "prouver" (l'appel au consensus scientifique est alors une des possibilités mais vous pourriez avoir envie de creuser.

On pourra retenir que:

Qui dit, prouve.

3. Le critère de réfutabilité

Il n'est pas toujours facile de se rendre compte si nos avis sont éclairés ou si ce sont des croyances infondées. Comme on l'a vu, le biais de confirmation (dont nous sommes tous victimes) nous pousse à ne retenir que ce qui va dans notre sens. On peut, très sincèrement, penser avoir de très bons arguments, de très bonnes "preuves" de croire ce que l'on croit.

Un réflexe pour nous aider à reconnaître nos croyances irrationnelles, se poser la question:

Quel argument pourrait me faire changer d'avis?

Il n'y en a aucun? C'est qu'on est dans une position dogmatique. On pourra alors choisir d'y rester, mais en reconnaissant qu'il s'agit d'une croyance et pas un savoir...

On parle du critère de réfutabilité de Popper: une affirmation est réfutable s'il est possible d'imaginer une observation susceptible de contredire cette affirmation.

Voici une application du critère de réfutabilité, par Monsieur Sam:

4. Le rasoir d'Ockham

Le rasoir d'Ockham est un principe qui nous encourage à choisir les explications les plus parcimonieuses. Quand plusieurs explications sont possibles, il convient de retenir celles qui demandent le moins d'explications additionnelles.

Le principe est expliqué ici par Cyrus North:

(Facultatif) Dans cette vidéo, Monsieur Sam remarque que l'explication la plus "parcimonieuse" pour expliquer les attentats du 11 septembre, y compris ses zones d'ombre, est que la thèse officielle est vraie mais doit être corrigée par l'hypothèse de l'incompétence, l'opportunisme et le secret défense. Il l'explique à la 11ème minute, mais si vous avez le temps, n'hésitez pas à voir l'épisode en entier!

5. Le bizarre est probable

Nous sommes frappés, dans la vie courante, par certaines coïncidences particulièrement stupéfiantes : rencontrer dans le métro un ami d’enfance perdu de vue depuis 20 ans, penser à une personne et apprendre son décès 5 minutes plus tard, etc.  Nous attribuons à ces événements une faible probabilité de se réaliser, ce qui les rend d’autant plus extraordinaires. Or, s’il y a effectivement peu de chance qu’un événement extraordinaire précis nous arrive, en revanche il est quasi certain que nous serons tous, dans notre vie, l’objet d’un événement extraordinaire, parce que le nombre des événements perçus comme tels est lui quasi-infini.

Source: European Scientist

Adoptons donc le réflexe, face à un événement bizarre, de nous rappeler que le bizarre est probable !

Note: dans l'exemple ci-dessus, il y a donc une probabilité non négligeable qu'un phénomène bizarre arrive par hasard, et notre rasoir d'Ockham nous suggère de privilégier la thèse du hasard plutôt qu'une explication paranormale.
Il y a évidemment un lien entre le rasoir d'Ockham et les probabilités. S'il vous intéresse, je vous encourage grandement la lecture du livre "La formule du savoir"* qui "démontre", à l'aide de la formule de Bayes, la pertinence du rasoir d'Ockham.

Une analogie pour bien comprendre cette maxime "le bizarre est probable": imaginez que vous lancez 5 dés. Vous obtenez 1 puis 2 puis 3 puis 4 puis 5 et vous vous écriez: incroyable, cela n'avait qu'une chance sur 7776 que cela arrive! Mais n'auriez-vous pas été également étonné d'obtenir cinq 1 ? ou cinq 6? ou 5,4,3,2,1 dans cet ordre ? Etc.

*Voir bibliographie

6. (facultatif) paramétrer son navigateur firefox

Pour sortir des bulles de filtre et, plus généralement, améliorer vos recherches, voici deux conseils qui fonctionnent sur firefox (vous trouverez des fonctionnalités équivalentes sur d'autres navigateurs, n'hésitez pas à partager vos astuces dans le forum!).

Faites de duckduckgo votre moteur de recherche par défaut

C'est assez simple. Ouvrez les paramètres et sélectionnez le moteur de recherche par défaut dans l'onglet recherche.

Ajoutez des mots clés pour vos recherches

Avec firefox, vous pouvez créer des mots clés pour envoyer une recherche sur un moteur précis. Vous pourriez par exemple définir "wk" pour une recherche sur wikipedia et "gg" pour une recherche sur google. Ensuite, vous n'avez plus qu'à écrire "wk rasoir d'ockham" dans la barre d'adresse pour faire une recherche "rasoir d'ockham" dans wikipedia et "gg quelque chose" pour faire chercher "quelque chose" sur google. Vous êtes automatiquement renvoyez sur la page de résultats du site choisi.

C'est vraiment très simple, il suffit de faire un clic droit sur une zone de recherche pour laquelle vous voulez définir un mot clé:

Quelques idées de mots clés:

flora pour une recherche sur le catalogue flora
scholar pour une recherche sur google scholar
ggi pour une recherche sur google image
etc.

Explications en vidéo:

7. La cible de Graham

La cible de Graham nous encourage à bien viser nos interventions dans les débats:

C'est un outil intéressant à proposer aux élèves, habitués à des débats souvent peu constructifs sur les réseaux sociaux: