Germaine Necker, Madame de Staël

Il faut, dans les temps modernes, avoir l'esprit européen (De l'Allemagne).

Anne Louise Germaine Necker (1766 - 1817) grandit dans un milieu privilégié. Sa mère, Suzanne Curchod, vaudoise, tient à Paris le dernier des grands salons de l’Ancien Régime. Son père, le banquier genevois Jacques Necker, est directeur général des finances du Royaume de France, ministre de Louis XVI. Elle épouse en 1786 le baron de Staël-Holstein, ambassadeur de Suède, devenant ainsi Madame de Staël. Elle connaît une vie sentimentale agitée et entretient en particulier une relation orageuse avec Benjamin Constant, écrivain et homme politique franco-suisse.

Après avoir fait paraître en 1788 ses « Lettres sur Jean-Jacques Rousseau », vibrant éloge du philosophe, elle adhère avec enthousiasme aux idées de la Révolution française (1789), ce qui lui vaut la méfiance du pouvoir politique. Sa réputation s’affirme avec deux ouvrages :« De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations » et « De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales », qui renouvellent l’inspiration littéraire et ouvrent une voie à l’étude des rapports de la littérature avec la société et la politique. Napoléon Bonaparte accueille très mal ce dernier livre et prend prétexte des liens étroits que Madame de Staël a noués avec l’opposition pour l’exiler.

Pendant dix ans, elle partage son existence entre le château de son père à Coppet (près de Nyon), et de nombreux voyages. Elle se rend en particulier à Weimar (Allemagne) où elle rencontre Goethe et Schiller. Son séjour en Italie l’inspire pour son deuxième roman « Corinne ». Napoléon fait détruire avant même sa publication l’important essai, « De l’Allemagne », qu’elle consacre à la civilisation germanique, et condamne Madame de Staël au silence. Celle-ci circule alors entre Vienne, la Russie et la Suède avant de gagner sa terre d’élection, l’Angleterre, un pays dont elle admire la vie démocratique. 

De retour à Paris à la Restauration (1815), elle mène une vie sociale et politique active jusqu’à sa mort. Elle laisse inachevé son ouvrage intitulé « Considérations sur les principaux événements de la Révolution française ».

Marquée par le refus de tout dogmatisme, son œuvre fait le lien entre le siècle des Lumières et l’âge romantique, et aspire à une culture européenne fondée sur la liberté, prolongeant vers l’époque moderne les débuts inaugurés par la Révolution.